Réflexion sur l'aïkido et le Budo

Réflexion sur l'aïkido et le Budo

Tu es un grain de blé. La Vie va t’enlever de ton pied mère qui t’a fait naître, et t’éloigner du champ que tu as toujours connu. Elle va te faire côtoyer de gré ou de force des milliers de tes semblables, et tu te verras en eux.

Tu vas voir tes frères broyés, et tu seras broyé à ton tour au Grand Moulin. On mélangera ta farine à une substance qui ne sera pas encore toi. Tu deviendras la pâte d’un pain que l’on pétrit, et que l’on pétrit encore. La Vie te laissera alors dans un coin et tu te croiras oublié. Tu fermenteras, et peut-être que tu ne le sentiras pas, mais ton goût aura changé.

La Vie te pétrira encore, et tu te croiras traité comme un malpropre. Tu ne comprendras pas pourquoi l’on t’impose tout cela. Et puis encore, la Vie te mettra au four et tu y cuiras. Tu ne reconnaîtras plus ton aspect, tu ne t’appelleras plus de la même façon. Tu oublieras peut-être même le grain de blé que tu as été jadis, car cela aura été trop difficile.

Après cela, tu seras encore déchiré, puis éparpillé aux quatre coins d’une table, celle que certains appellent un « festif banquet ». Tu seras déchiqueté et broyé encore, par douze bouches en même temps. Peut-être que tu te croiras cloué au pilori cinquante fois. Tes molécules se dissémineront et ta matière s’éparpillera dans un nouveau corps. Une fois encore, tu ne te reconnaîtras plus…

Mais enfin pour la première fois de ta vie tu verras avec des yeux, tu toucheras avec des mains, et d’autres sens encore que tu n’imaginais même pas.

De grain de blé, tu es devenu humain, accueilli par ces douze corps qui t’ont assimilé. Tu es maintenant capable de voir la vie à travers leurs yeux et leurs oreilles, tu es conscient de toi pour la première fois.

Lors, quel est ton choix ? Veux-tu continuer à t’éveiller, quitte à être broyé à nouveau, ou retourne-tu dans ton vieux champ de blé ?

Isadora P.

23 août 2020

Morihei Ueshiba - Iwama Ryu

L’esprit de gratitude en Aïkido

S’il y a bien une chose que j’ai apprise sur le tatami c’est que l’attitude à cultiver est bien celle de savoir vraiment ce que l’on veut, tout en ne voulant rien de spécial.

C’est une attitude qui peut être cultivée bien qu’elle puisse sembler paradoxale de prime abord.

Ce serait comparable avec le fait de vouloir repousser le sol d’une salle avec mes pieds, alors que je repousse son plafond avec les mains. Ce n’est possible que si je fais une certaine taille, et il s’agit de rester à la bonne hauteur, comme Alice au pays des merveilles.

Vouloir sans vouloir. Savoir ce à quoi on aspire, sans pour autant y être attaché : sans se fermer à ce que la vie nous propose en termes de potentiels, sans se fixer sur un seul chemin alors qu’il y en a plusieurs pour parvenir au même endroit.

Cela demande un entraînement mental… émotionnel, sentimental, et aussi corporel, car cette attitude se prête à chacun de ces plans d’expression de notre être.

Cela génère une force souple et une réactivité dont la nécessité se révèle au fil de la pratique. D’une certaine manière, c’est lié à notre capacité de conscience : je veux une chose, mais je reste très à l’écoute de mon environnement, et pour que cette chose arrive, il est nécessaire de prendre en compte cet environnement et son contexte car ce que je veux naît de mon interaction avec ces conditions.

En aïkido, on parle de créer une connexion avec le partenaire pour ensuite faire évoluer la technique grâce à ce lien de communication entre les deux. C’est subtil et une réelle sensibilité est nécessaire, car pour ressentir cela il faut se tenir à l’écoute : les pieds bien posés au sol, les orteils écartés, le poids du corps posé légèrement davantage sur l’avant du pied, les genoux fléchis et souples, les hanches réactives et facilement rotatives, le tronc vertical, les coudes serrés, les épaules basses, le cou détendu (trapèzes), la tête facilement pivotante (ce qui sous-tend une mâchoire détendue), le regard partout et nulle part à la fois, et l’absence de pensée substantielle. Il s’agit de fondre dans son environnement et de faire corps avec lui, et d’embrasser ses particularités ou ses contraintes en bougeant tout autour sans foncièrement les contraindre.

« Bouger autour du point fixe » se retrouve facilement sur la technique taï-no-henko (saisie du poignet, et basculement sur le côté extérieur dans un pivot à 180°) en kihon (étude de base, statique) et en ki-no-nagaré (étude dynamique).

L’attitude de souplesse d’esprit et de corps ainsi développée permet de réagir bien plus fidèlement et plus intelligemment à ce qu’il se passe autour de soi. « Intelligemment » dans l’idée d’interaction et de réciprocité : un organisme intelligent est un organisme qui « réagit à son environnement de manière spécifique ».

Pourquoi créer une telle « communion » si nous partons du concept « art martial » avec un « adversaire » en face ?

Justement parce que l’aïkido le considère davantage comme un partenaire car sans lui, la friction qui se crée au sein de la technique dans cette attitude de force souple ne peut se révéler. Le partenaire constitue en quelques sortes un prétexte pour s’exprimer. Et moi-même je constitue aussi un prétexte pour que mon partenaire s’exprime en juste réciprocité. Ainsi, plus le niveau technique s’élabore entre les deux, moins il y a de conditions requises pour élaborer ce degré d’échange, puisque les deux se permettent alors mutuellement de travailler – dans un esprit de confiance mais sans être systématiquement conciliant, ce qui fausserait la donne.

A mesure que cette élaboration mutuelle et progressive – inévitablement inscrite dans un temps d’échange suffisamment long – se développe, les conditions jadis requises pour établir ce lien d’échange tombent les unes après les autres puisque chacun prend confiance, et l’occasion apparaît de plus en plus fréquemment pour s’explorer soi-même dans son plein potentiel d’expression – technique autant qu’humain. C’est la raison pour laquelle il est ici juste de parler d’alchimie, humainement parlant.

Il se trouve qu’en japonais, « Aï » signifie « union » en même temps que « harmonie », et aussi « amour ». Cette belle syllabe qualifie donc un état d’esprit de rassemblement, ce dont parle largement le fondateur Morihei Ueshiba qui considérait tous les aïkidokas comme appartenant à une grande famille.

Seulement, pour pouvoir utiliser pleinement cette idée et l’incarner naturellement, il est nécessaire de conceptualiser et de réaliser intérieurement cette connaissance, en cherchant en permanence à raccrocher les wagons avec ce qui manque, ce qui a été oublié, ce que je n’ai pas encore la force de voir, ce qui existe encore derrière mes œillères, ce que personne ne m’a encore appris à voir, ce que j’ai la paresse de laisser de côté sans raison, ce qui est en dehors de ma zone de confort et de mes habitudes, ce que j’ai toujours inconsciemment fui, ce qui résonne trop fortement avec un passé douloureux, ce que je crois mauvais alors que cela me dérange et me fait évoluer, et surtout, surtout, ce qui est trop beau pour être vu et reconnu en tant que vertu pure et simple.

Car cela demande une force immense de reconnaître les qualités du partenaire, de reconnaître ce que nous avons appris de lui, et de reconnaître que sans lui nous ne l’aurions sans doute jamais appris.

Force que nous pourrions sans peine qualifier de gratitude, et avec une traduction au sens large, cela rejoint encore cette même syllabe, le de Aïkido.

Morihei Ueshiba - Iwama Ryu

Isadora P.

le 5 novembre 2025

Hommes et femmes en aïkido : vers une parité naturelle ?

Hommes et femmes en aïkido: vers une parité naturelle ?

 

Quels sont les freins à l’engagement féminin où à la fidélisation des femmes en aïkido ?

Les femmes se sentent souvent timides dans la place qu’elles pourraient occuper au sein de la pratique sans pourtant la prendre. C’est un effet culturel (issu d’une société anciennement patriarcale) mais également un effet de conséquence de ce que génère mécaniquement la pratique à main nues sur le tatami.

Je tiens ici à observer avec objectivité ce qu’il se passe en réalité, non pour dénoncer ou juger qui que ce soit, mais pour comprendre les effets psychologiques de ce qui est vécu par tous sans que cela soit suffisamment exprimé ou exploré. Je ne ferai pas non plus de raccourci réducteur, il est évident qu’il y a de la force et de la sensibilité émotionnelle chez tout le monde, homme et femme, mais je parlerai ici des tendances naturelles de chaque sexe, ses points forts, pour mieux les unir dans une complémentarité que je souhaite prospère – car il n’est pas question de vouloir changer les tendances fondamentales propres à chacun. Pour cela il est nécessaire de conscientiser tous les tenants et les aboutissants.

Bien souvent, la femme est moins musclée que l’homme, et elle est aussi plus facilement émotive. Or, il est vraiment nécessaire de reconnaître que dans la pratique à main nues et malgré la dynamique de détente intelligente qu’est censé incarner Uke et malgré son honnêteté et sa bonne volonté à incarner cette souplesse de pratique (ce qui est heureusement la tendance générale), par la force des choses il en ressort tout de même souvent que celui qui est plus musclé se sentira un peu plus à l’aise dans l’expression de sa technique. En taïjutsu…

Je tiens ici à rappeler à quel point cette différence (qui est parfois cruelle pour certaines) s’annule totalement dans la pratique aux armes, le bukiwaza. Il n’est plus alors question que de technique, de rapidité, de conscience, de distance, de précision. C’est une aubaine pour les femmes ! En effet si elles développent leur précision technique, elles ont alors tout lieu de s’exprimer avec un jo ou un bokken, pleinement, et l’homme en face change alors de regard vis à vie de celle qu’il a en face de lui. Je ne parle pas au hasard… Je pratique depuis maintenant 14 ans, et dans mon courant d’aïkido qui est d’influence Iwama, nous pratiquons 50% du temps en Bukiwaza et 50% en taïjutsu. Par leur richesse technique (le programme Iwama est ici chargé) les armes sont facilement mon terrain de prédilection, et je sens que les gens me connaissent mieux lorsqu’ils ont échangé avec moi au bokken ou au jo, car j’ai toujours l’impression d’avoir l’occasion de « me présenter » lorsque je pratique les armes, alors que la qualité de ma pratique à main nues se retrouve bien souvent biaisée par la différence de corpulence qui existe si souvent.

Je tiens donc à exprimer ici à quel point la pratique aux armes régule les rapports – et c’est aussi évidemment valable pour un couple de pratiquant homme-homme ou femme-femme avec une différence d’âge ou de corpulence – et à quel point elle est une porte ouverte pour les femmes, leur pleine expression dans la pratique et le regard que le commun peut leur porter. La femme a alors plus d’outils pour prendre confiance en elle, ce qui l’aide à être plus à l’aise émotionnellement parlant, même si elle est entourée de pratiquants qui lui cachent la lumière du jour, ce qui arrive, et qui peut faire peur même en l’absence d’échange direct de pratique. La question de confiance est en effet centrale et très utile pour la promotion de l’aïkido auprès de nouvelles pratiquantes.

La motivation est un point majeur et délicat à considérer en ce sens que les choix se font intérieurement et parfois sans qu’on s’y attende. J’ai eu l’occasion de constater le départ d’un homme qui avait quitté le dojo définitivement parce qu’il avait juste saigné du nez, qu’il avait sali le tatami en coton, et qu’il en avait eu honte. Mon professeur Patrice Le Masson a appris cela une bonne décennie plus tard, et il en est tombé des nues. Le départ des pratiquants, homme ou femmes est bien souvent dû à une émotion qui parfois n’est pas conscientisée. Le pratiquant trouvera un prétexte pour expliquer rationnellement son départ, alors que la cause réelle est bien souvent plus profonde et touche ses points sensibles. En effet la pratique met face à soi-même et tout le monde n’est pas prêt à vivre cela. Tous les professeurs ne sont pas obligatoirement formés pour prévenir ou expliquer ces fragilités internes que chaque pratiquant touche pourtant au quotidien dans sa pratique. Les complexes physiques ressurgissent, le manque de charisme, la timidité, la relation avec de nouveaux pratiquants… La pratique fait constamment sortir de sa zone de confort et nous indique constamment nos points faibles. Il faut s’accrocher… Et c’est justement ce qui développe au fil du temps cette confiance en soi, lorsque nous nous rendons capables de dépasser nos complexes, nos différences de courant de pratique, nos peurs, nos handicaps, et tout ce qui freine la pleine expression de notre individualité.

Pour ce faire, il est donc nécessaire d’explorer, d’étudier, de conscientiser et de digérer les dynamiques psychologiques qu’induisent la pratique, toutes disciplines confondues. L’aïkido est une école de la vie. Mais bien souvent le pratiquant ne se rend compte de cela qu’après quelques années de pratique. Le sens de ce que signifie la dynamique appelée Budô n’est pas souvent ce qui attire le nouveau pratiquant, mais lorsqu’on considère un pratiquant en fin de carrière, c’est bien souvent la profondeur de cette « Voie » qui lui a permis de continuer toute sa vie. Ceux qui quittent la pratique, à mon sens, sont ceux qui s’attendent à trouver en l’aïkido une pratique mécanique pour perdre du poids ou pour « faire une activité » et qui ne comprennent pas assez rapidement la richesse et la complexité de l’aïkido qui existe avant tout sur le plan humain. C’est de la psychologie pratique appliquée, c’est un art de charisme et de regard sur soi et sur le monde. C’est une recherche permanente et infinie. Comment faire entrevoir cette richesse ? C’est ici à mon sens la question majeure, et il est certain que l’aspect « social » de la pratique, dans son aspect psychoémotionnel, atteint plus facilement la femme qui fait bien souvent pruve d’une facilité naturelle pour ce domaine, de par son sens de l’empathie et de sa sensibilité. C’est la raison pour laquelle le slogan « la confiance est en moi » est selon moi vraiment bien choisi. C’est ici à mon sens un thème majeur à développer : cette dimension humaine : « au travers de ce que me révèle la pratique, qui suis-je, et qui est-ce que je veux devenir ? ».

Isadora Pointet, mai 2025

 

Hommes et femmes en aïkido : vers une parité naturelle ?

YIN YANG – NOIR / BLANC / ROUGE

Où la dynamique des opposés et leur intégration

 (24 juillet)

En aïkido nous parlons souvent des polarités et de ce qu’elles impliquent dans les techniques (le fondateur M. Ueshiba parlait d’alchimie, aussi je ponctue ce texte des symboles « noir, blanc et rouge »), mais je vais ici parler davantage de l’état d’esprit qui génère ces polarités, pour mieux comprendre ce qu’elles induisent psychologiquement en termes de ressenti. Il se passe la même chose sur le tatami mais à une autre échelle de temps, plus large ou bien plus courte, à vous de vous approprier cette réflexion – qui en devient métaphysique, et qui m’est personnelle – avec discernement, détachement, bon sens et simplicité, car il s’agit de cela finalement, revenir à une façon d’être simple et acceptante malgré des ressentis contrastés.

En partant de ces postulats…

Rien n’est éternel par nature. Les choses continuent à exister lorsqu’elles se renouvellent en permanence. La vie est mouvement (spiralé) ; s’il n’y a pas de mouvement c’est la mort. Le mouvement est nécessaire car il induit le renouvellement permanent de la conscience qui se réinvente en chaque occasion et c’est peut-être là même son but premier.

Pour ce faire, il doit y avoir séparation du yin et du yang, ce qui induit une dynamique giratoire par un effet d’attraction-répulsion simultanés, au sein duquel

+1  =  -1

(soit par analogie la création de l’atome d’hydrogène où la charge (+) du proton correspond à celle (-) de l’électron, les deux charges opposées existant en juste complémentarité)

« Un » égale « moins un », équation de l’impossible, mais c’est pourtant elle qui crée un mouvement.

À ressentir ces dynamiques profondes, je comprends qu’elles sont sous-jacentes à presque tous les domaines de la vie ; le relationnel, la pousse du végétal, l’entreprise, la santé… Par analogie, il s’agit de l’espace situé entre les dieux égyptiens Nout et Geb (le Ciel et la Terre).

La dynamique qui s’exprime entre les deux est génératrice de vie : c’est un espace qui respire dans un mouvement d’expansion-contraction régulier, comme un cœur qui bat.

 

CYCLICITE

Avec ses battements, le cœur humain vit physiquement selon ces cycles courts, mais il connaît également des cycles plus longs qui sont de l’ordre du ressenti et de la perception même de la vie, de son cours, de ses couleurs, à travers nos sentiments, nos émotions, et notre mental. Il existe au cours de ces cycles, le même phénomène de dilatation-contraction que dans son fonctionnement physiologique.

 

YANG – BLANC – PHASE EXPANSIVE

Au cours de cette phase, le champ d’influence du cœur se dilate tellement qu’il devient capable de « contenir le monde » : tout ce qui est vu ou porté à la conscience du sujet – les gens, les situations, les idées, les projets, les problèmes – tout est porté et englobé comme quelque chose d’assimilable. Rien ne semble impossible à surmonter, rien ne paraît vraiment grave en soi, ou du moins, il est facile de focaliser sur ce qui est ressourçant.

Yang

=

L’information va de l’intérieur vers l’extérieur, c’est la phase où nous sommes naturellement émissifs, rayonnants, car nous focalisons sur ce qui nous nourrit depuis l’intérieur, et sommes moins touchés par ce qu’il se passe au dehors.

Dans cette phase expansive, la peur n’exerce plus sa force avec autant d’influence, et l’amour y est plus intensément ressenti de même qu’exprimé, sans crainte ni doute, mais avec facilité et fluidité, comme une évidence qui n’a pas besoin de justification pour exister. La joie devient le régime de croisière, stable, dense, et peu de choses semblent pouvoir l’entamer.

Les actes significatifs ne sont pas vécus comme des « travaux » à « faire » car c’est la façon d’être qui prime dans ce qui est vécu. On se souvient des moments légers, de connectivité aux autres, mais ce qui a pu être accompli concrètement n’a pas vraiment d’importance ou n’a pas été « fait exprès ». L’action est facile donc on ne focalise pas dessus.

Au cours de cette phase, on supporte aisément le vide, le silence et la solitude car la plénitude rayonne et on génère « le plein ». D’une certaine manière il y a satisfaction permanente ; c’est très nourrissant mais cela n’appelle pas au mouvement mais plutôt au repos, à l’immobilité contemplative, car rien ne semble avoir besoin d’être changé et tout semble à sa place. Répétée jusqu’à saturation, l’excès de cette phase devient alors stagnation, immobilisme, blocage. Émotionnellement, cela devient de la suffisance, de l’orgueil, de la paresse. Elle engendre coagulation, accumulation, toxicité.

« Le Noir est dans le Blanc »

 

Lorsque tous les aspects de la première phase ont été pleinement ressentis et conscientisés, jusqu’à une certaine forme de saturation, il se produit alors le dépassement du point de non-retour qui nous fait vivre un phénomène de basculement intérieur, une nouvelle approche, un changement de regard, et cela correspond à la phase de contraction qui est libératrice.

 

YIN – NOIR – PHASE DE CONTRACTION

C’est comme une contraction lors d’un accouchement : c’est le coup de tonnerre nécessaire, celui que tout le monde attend sans trop se l’avouer lorsque tout semble « si bien » mais qu’en réalité la situation est devenue figée, linéaire et fausse. Le début de cette phase correspond au révolutionnaire qui casse la baraque en disant « Ça suffit ! » et bien que souvent dérangeant, son message est pourtant empreint d’une vérité limpide, brutale, neuve et pure.

Au sein de cette contraction – qui donne l’impression dans l’extrême que le monde entier se contracte autour de ce cœur devenu comme un trou noir qui fait tout disparaître, ce qui nous donne envie de nous recroqueviller vers l’avant – il se produit l’inverse de la première phase : tout semble dramatique, terne, jamais comme il faut, tout y est tellement « améliorable » que cela appelle sans cesse le renouvellement, l’élagage, le coup de balai devenu nécessaire. Nous ressentons le vide en permanence, et nous le générons également. On trie, on jette, on brûle, on nettoie, on agit, on refuse, on lutte, on milite, on fait bouger les choses pour changer le monde car franchement, c’est un scandale… Et reconnaissons que c’est aussi dans ces moments que les choses changent peu à peu. Reconnaissons également à quel point cela ne semble jamais assez rapide ni suffisant.

Nous aurions besoin de solitude, mais dans cette phase bien souvent nous la fuyons car il est fréquent de fuir ce que l’on ressent. Par nature, la polarité yin ressent.  Elle constate, évalue, discerne, mesure, écoute, perçoit. Elle est intuitive et en mode « être », aussi l’action devient une lutte car ce n’est pas son terrain de prédilection.

Yin

=

l’information vient de l’extérieur vers l’intérieur, donc nous prêtons attention sur le monde et tout ce qui est à l’extérieur de nous-même

En projetant notre attention à l’extérieur, nous focalisons facilement sur ce qui est à faire, la liste de « choses à faire » devient angoissante, et nous nous souvenons de l’effort fourni au sein de ce qui devient une lutte permanente en termes d’action. (Avouons qu’il y a parfois une gloire secrète dans la « souffrance utile » qu’on y ressent… mais ce détail si insignifiant, l’ego ne l’admettra sans doute pas, tant il est insignifiant )

Et cela finit par devenir terriblement frustrant de porter ce regard sur le monde – qui ne semble jamais qu’à moitié terminé, voire même pas à moitié commencé – alors on se laisse aller à l’anxiété d’un meilleur lendemain qui pourtant ne semble jamais venir, jusqu’à parfois perdre tout espoir… il y a un sentiment d’inaccessibilité, d’échec permanent, de rupture sans solution alternative. Et l’excès de cette phase s’exprime alors en aigreur, en projection de peine sur les autres, en agressivité. On se dit « à quoi bon ? » … Mais ce n’est là qu’un vaillant appel à l’énergie complémentaire, celle de l’apaisement, du simple contentement de ce qui est en vérité déjà accessible, et du sentiment de fluidité et de facilité qui en découle : c’est le deuxième point de bascule qu’on appelle remarquablement « lâcher-prise » : car disons-nous bien que si cet appel à l’autre dynamique existe, c’est bien parce que cette autre énergie grandit secrètement à l’intérieur, comme un germe en devenir.

 

« Le Blanc est dans le Noir »

 

Vient alors la caresse – inattendue et donc souvent incomprise – de la nouvelle phase d’expansion qui redevient libératrice à son tour. Et le cycle recommence – mais sur la spire de vie suivante, dans une autre situation, avec une conjugaison différente des mêmes ressentis.

 

En résumé…

Yang Yin
Nature action, matière, corps concept, idée, projet
Centré sur le sentiment, l’accomplissement le mental, la raison
Cœur dilaté contracté
Posture physique torse bombé, épaules rejetées en arrière recroquevillé vers l’avant
Perception fluidité dans l’action, effort dans le mental effort dans l’action, fluidité dans le mental
Sentiment satisfaction, fermeture projection, devoir, ouverture
Émotion joie, imperméabilité se laisser toucher, frustration, colère
État d’esprit expression, créativité matérielle évaluation, comptabilité, créativité mentale
Caractère expansivité, rayonnement réceptivité, repli sur soi
Réflexe rire, absence d’écoute, détachement critique, observation, objectivité, attachement
Cycle féminin phase ovulatoire phase lutéale
Cycle masculin matin après-midi
Temporalité jour, printemps – été nuit, automne – hiver
Conséquence stabilité changement

 

 

Le chemin rouge, ou l’INTEGRATION DES OPPOSES

La libération est ainsi renouvelée, une fois par le Noir déclencheur qui appelle au renouveau, une fois par le Blanc apaisant qui appelle à la réjouissance simple. L’un révèle la qualité de l’autre par son effet de contrastecontraste contre lequel il n’y a plus aucune de raison de lutter.

Se produit alors le dépassement de la dualité qui se fait par l’intégration des polarités : l’alternance des deux dynamiques est reconnue comme nécessaire, et on comprend qu’il n’y a plus à être en guerre avec ce qui n’est qu’une simple cyclicité.

 

 

C’est de là que vient la Paix.

Car elle correspond à la conscience que tout est déjà « en place » et qu’il n’y a pas à désirer d’issue définitive, mais qu’il est plutôt nécessaire de reconnaître à quel point tout se complémente déjà dans une juste mesure, précise, paramétrée selon nos capacités, et à bien y regarder, savamment orchestrée.

La vraie liberté découle de notre capacité à passer consciemment d’un état d’esprit à l’autre avec la fluidité nécessaire, parfois d’un mois à l’autre, parfois plusieurs fois au cours de la même journée, de la même heure, ou de la même phrase en quelques secondes.

Se permettre de ressentir – car il s’agit bien de se le permettre, comme une autorisation à se donner – se permettre de ressentir pleinement ces deux phases sans lutter contre, juste en se disant « ce jour/cette année/ce moment est noir » ou « il est blanc » sans chercher à changer sa couleur mais plutôt en l’utilisant pleinement pour y faire où être tout ce qu’il est possible de faire ou d’être, voilà une des clefs de vie nécessaire au bonheur : arrêter de lutter contre ce qui n’est autre que « la météo » de notre âme.

S’il pleut, tu seras mouillé. S’il fait soleil, tu vas bronzer. Car la météo va modifier ton aspect ainsi que la manière dont les gens te voient. Les événements et les phases de la vie vont te changer. Les gens vont te transformer. La vie entière va passer à travers toi, et si tu l’acceptes, alors tu deviendras capable de te reconnaître en chacun, en toute chose, noir et blanc, comme une facette de toi-même qui s’exprime de temps en temps de la même manière, mais avec périodicité, car l’identité fondamentale est ce qui englobe tout cela à la fois.

 

 

Par Isadora P. le 24 juillet 2025

Merci de respecter l’essence de ce texte en citant son autrice ainsi que le site de référence.