Esprit de paix/esprit de lutte : La combativité intelligente
Qu’est-ce que je génère, en vérité ?
Pour le budoka, cette sage question se pose à chaque instant. Est-ce que ma présence (pensées, paroles, actes) engendre quelque chose de constructif-évolutif, ou quelque chose qui tourne en rond, qui se stigmatise et se sclérose ?
L’attaque
Tout échange constructif en aïkido commence par une attaque sincère. Tsuki / yokomen / menuchi /ou toutes les formes de saisies, que l’attaque soit en face d’une arme ou non, elle doit être sincère. C’est-à-dire que les participants ont besoin de croire un minimum à ce qu’ils font pour pouvoir créer une situation réaliste. Cependant, cette attaque n’a aucunement besoin d’être hargneuse, en soi. Elle doit juste être précise et volontaire, il n’y a pas d’émotion particulière à y mettre. M. Saïto Sensei disait « abaissez vos coudes, vos épaules, vos hanches, et vos émotions ».
En effet, pour voir clair au sein de tout échange, il faut un esprit tranquille. Comme le miroir de la surface d’un lac qui reflète l’image de la montagne. L’eau réfléchit bien quand elle est calme. Le Budoka réfléchit bien lorsqu’il est serein.
L’attaque peut être rapide, bruyante (Kiaï), parfois même forte et fulgurante, mais elle peut rester paisible à l’intérieur. Cette paix existe à partir du moment où celui qui agit ne s’identifie pas vraiment à ce que l’autre en face pourrait penser de lui. Le même état peut se percevoir en recevant l’attaque.
Si le budoka sait profondément qui il est et d’où il vient, rien n’aura de prise sur la tranquillité de son esprit.
Si rien n’a de prise, son attaque ou sa réponse peuvent exister sans émotion, soit avec un certain détachement.
Souplesse d’esprit

Souplesse d’esprit
Et c’est ce détachement qui lui permet la malléabilité d’esprit pour transformer son approche en fonction de l’échange. Et c’est cette malléabilité, cette « souplesse » que nous nommons « Aïki » qui permet une réactivité intelligente, désintéressée et constructive.
Comment l’obtenir vraiment, concrètement ?
Comment cultiver à la fois cette force et cette souplesse d’esprit ?
L’esprit étant à l’image du corps, il m’apparaît d’en observer l’analogie :
– Comment le corps se renforce ? Par la musculation, le nourrissement en protéines, et la régularité.
– Comment est-ce que le corps s’assouplit ? En côtoyant régulièrement ses limites, mais sans aller trop loin. Il s’agit de sortir régulièrement de sa zone de confort, mais sans aller trop loin jusqu’à la lésion. Il est pour cela nécessaire de savoir différencier la douleur utile (courbature) de la douleur lésionnelle (tendinite).
Donc par analogie, d’un point de vue de l’esprit : m’amener hors de mes limites, celles de ma zone de confort, est-ce que cela me brime, ou au contraire, est-ce que cela me propulse ? Est-ce que je vais simplement revivre un ancien trauma de la même manière comme une mouche qui tape indéfiniment sur le même carreau, ou est-ce que mon approche permettra cette fois de le transcender ?
Pour cela mon regard se doit d’être suffisamment nouveau.
Entre la situation qui se présente et moi-même, c’est à moi de me débrouiller pour que la « mayonnaise puisse prendre ».
C’est la sagesse du bon moment : si je sais que c’est le bon moment pour explorer mes limites, j’y vais. Si je suis fatigué.e, que j’ai peu de réserve ou de patience – ce qui arrive à tout le monde – mon esprit sera automatiquement sur la défensive et le lien entre ce que la vie m’amène et moi sera brisé. Les conséquences de mes actes engendreront alors des cercles vicieux qu’il sera plus difficile de briser à mesure qu’ils grossissent.
Pour entretenir cette perception qui me fait penser que « la vie m’amène des choses qui me font avancer », il faut pouvoir retrouver la sérénité évoquée au début.
Recul
Tout découle de ce sentiment de paix qui existe à l’intérieur de soi et qui nous fait dire « ce n’est pas si grave » oui, cette attaque est rapide, oui, elle est bruyante, oui, le type en face me cache la lumière du jour… Ce n’est pas si grave, c’est mon prisme émotionnel qui me fait croire que ça l’est, si je m’identifie seulement à ce qu’il me crie.
Or, je ne suis pas seulement mon émotion, je suis beaucoup plus que cela.
Comme le bébé qui crie n’est pas seulement la famille ; cette dernière l’entoure, l’englobe et le dépasse, en nombre autant qu’en expérience. C’est la famille qui accueille le bébé, et non l’inverse. C’est le budoka qui est responsable de son émotion, et non l’inverse. Il reste à son écoute, mais ne se laisse pas toujours dicter sa conduite par elle, et il considère sa cause également. Il ne cherche pas même systématiquement à changer cette cause : bien souvent l’observation lui fait comprendre des choses sur lui-même, et cela peut suffire à sa pleine satisfaction.
Lors, je respire, baisse mes coudes, mes épaules, mes hanches et prends du recul sur ma tempête intérieure : ce n’est qu’une tempête, et elle passera.
Conscientiser et nommer l’émotion la canalise, l’encadre, la sécurise.
C’est comme un enfant à l’école : si l’instituteur connaît bien tous les prénoms des élèves de sa classe, il sait mieux les canaliser. Pour l’émotion, il s’agit d’une forme de reconnaissance intérieure. Une fois l’émotion reconnue, je peux m’en détacher.
Ce recul me permet alors de réagir avec souplesse en disparaissant au bon endroit au bon moment pour réapparaître au bon moment et bon endroit dans cet effet de vide et de plein que nous connaissons bien en aïkido : il s’agit non pas de créer un rapport de force dans une opposition directe, ce qui serait brutal, mais d’engendrer au contraire quelque chose de doux, qui s’exprime bien souvent selon un principe spiralé et déséquilibrant.
Car dans l’idéal, il s’agit de « prendre le centre » pour amener le partenaire dans une situation qui neutralise le conflit sans porter atteinte à l’intégrité de qui que ce soit. Sans aucun esprit de revanche, ni de rancune, ni de quelconque parcelle de vengeance, même moindre, à l’évidence. Ainsi la pratique reste à la fois agréable, intelligente et constructive.
Bukiwaza
Au sabre, cette façon de recevoir l’attaque se nomme « densité ».
Il est nécessaire « d’opacifier » le coup reçu dans une sorte de « souplesse dense » qui vient du fait que les hanches soient souples sur des genoux pliés dans une position précise par rapport à la ligne d’attaque, en position hanmi, soit les hanches tournées de trois-quart et non de face.
Ceci occasionnera un son mat entre les sabres, exactement de la même manière que le bruit dans une salle de cinéma, car les murs absorbent toute perturbation sonore. Il s’agit de recréer la même texture de réception, en souplesse ferme, pour pouvoir absorber le coup sans le subir.
Seulement, pour être capable de générer cette « matité dense », cette réception solide, presque écrasante, consciente, détournante – et finalement presque tendre – certes il faut bien se placer, et réceptionner au bon moment, mais nous en sommes ici encore au stade élémentaire de la technique, et cela ne suffit pas.
Parlons humain
Pour créer un échange réel, il est en plus nécessaire de connaître en profondeur la façon d’être de celui qui porte le coup. Chaque sabreur a sa physiologie, son angle d’attaque, sa posture propre, et chaque façon d’attaquer est différente. Et même avec un partenaire unique, chaque moment sera encore différent de tous les autres.
Donc je ne sais jamais ce qu’il va se passer, et mon esprit se doit de cultiver une virginité maximale.
Cela me permet d’être vraiment à l’écoute de celui ou celle que j’ai en face de moi. Il ne s’agit pas d’étouffer le coup du partenaire, bien au contraire. Il doit pouvoir pleinement s’exprimer et avoir ce sentiment. D’ailleurs, cela fait du bien et ça détend. C’est donc propice à la création d’un espace d’échange sincère.
Il est toujours désagréable le partenaire qui brandit son sabre inutilement, avec de fausses attaques à moitié faites, à longue distance, sans qu’il n’y ait jamais de coup réellement efficace, entier et profond ; dans ce comportement gênant qui ne fait qu’empêcher, sans que cela crée quelconque situation réelle, il n’y a là que gesticulation sans portée, comme un moucheron qui s’agite devant notre champ visuel.
Le coup porté doit pouvoir à la fois s’exprimer, et aussi être reçu avec la même profondeur. C’est une forme de respect…
Car j’accepte que l’autre est entier et qu’il a son individualité propre et son type de cheminement parfois différent du mien.
Je rejoins ici ce que disait Farid S.M. DFR de Bretagne, dans cet entretien : « toute attaque est une tentative de communication »
« Abaisse donc les coudes, les épaules, les hanches, et les émotions. » Écoute celui qui est en face, vraiment… Ce qu’il te dit, ce que tu n’as pas encore compris, ce qui existe encore derrière tes œillères, mais qu’il te montre peut-être depuis le début.
Lucidité inconditionnelle
Dans l’absolu, même si l’intention de celui en face était de me « tuer », cela ne justifierait pas que je « perde mon centre ». Rien ne doit être perçu comme foncièrement grave tant que ma réaction reste appropriée, c’est-à-dire responsable, consciente, et donc souveraine.
S’il peut arriver de faire tout un foin avec l’émotionnel, c’est lorsqu’il y a perte de contact avec l’ancrage identitaire qui se situe derrière, en notre centre réel inaliénable qui se situe au-delà de tout enjeu humain, dans ce centre qui par son fonctionnement, rappelle celui de l’œil d’un cyclone. Certes, reconnaissons que le contexte peut parfois s’avérer musclé… et chacun risque toujours de perdre pied.
Mais dès lors que je vis l’expérience et la génère, c’est toujours moi qui fais que ça devient grave ou non… Par mon animosité, si j’invente qu’elle existe en ce contexte, et surtout par ma façon de m’identifier à la réaction de l’autre.
Mais si je me rappelle assez souvent mon socle identitaire réel, alors mon absence de vexation, de réaction émotionnelle ou égotique – qui pourrait être confondue avec du nihilisme si on ignore la démarche philosophique sous-jacente qui transcende l’émotion, voire qui annule sa naissance même – aura l’effet de déstabiliser celui qui pouvait vouloir me porter atteinte (s’il le voulait vraiment, ici la question se pose toujours). Car s’il le faisait par animosité, il s’attend donc à recevoir la même animosité. Mais par mon absence de réaction opposante, tout ceci tombe alors dans le vide. Et en cela je conserve mon centre, ma souveraineté autant que mon intégrité, mais surtout ma conscience claire et mon regard limpide sur la situation. Alors chacun apprend de l’échange qui s’est fait constructif, et augmente sa capacité à le cultiver encore davantage.
Et cette sincère réciprocité engendre à son tour la perception d’être ensembles.
« Musubi »
Pour aller plus loin encore, il s’agit de fondre les deux sabres en un seul. Son sabre devient mon sabre, et ainsi naît la notion de « Musubi » ( qui signifie « noeud, union, connexion »).
Pour cela, il est plus que jamais nécessaire de connaître celui qu’on a en face car ce type d’échange est un principe mobile très délicat qui se brise facilement et qu’il faut savoir entretenir. S’il y en a un qui joue la surdité (excès de yang), ou le fait de se regarder lui-même en l’autre (auto-éblouissement), il n’y aura pas d’échange.
Comment savoir qui des deux joue la surdité ? Impossible. Qui plus est, la question est inutile. Le cas échéant, le seul constat à faire est qu’il n’y a pas d’échange, et que donc les deux protagonistes ne se connaissaient pas suffisamment l’un l’autre pour que l’échange puisse se créer.
Une réponse toujours utile : ralentir et se détendre.
Observer, vraiment. C’est à dire avec « plus de pixels » dans notre état de conscience. Zoomer. Ralentir le temps, décomposer pour mieux distinguer les différentes ramifications de la situation, ses tenants et ses aboutissants réels. Émotionnels, mentaux, historiques, les conditionnements de lieux, de temps, d’époque, de sexe, de corpulence, d’âge, d’état de fatigue, de déshydratation, d’accumulation, etc.
Il s’agit ensuite de recommencer plus calmement et avec plus de détachement. Dix fois, cent fois s’il le faut, l’étude sera prospère s’il y a sincérité réciproque. La patience est de mise, il ne faut rien attendre.
Le mouvement parfait apparaît toujours de lui-même, et par surprise.
Et on ne peut constater son existence que lorsqu’il est révolu. Il se présente plus souvent à mesure qu’on perd toute forme de conditionnement et de verrouillage.
Alors on a tout pour se détendre, car en soi rien n’est si grave, puisque notre tranquillité interne est censée prévaloir sur tout le reste. Comme la montagne surplombe la plaine, il s’agit de voire au-delà, et de cultiver un regard plus élevé qui transcende à la fois le temps et l’espace, qui perce les âmes, mais qui sait aussi défocaliser de ce que tout ceci génère.
Personne ne vaut foncièrement mieux – ni pire – que l’autre en face, et c’est peut-être de moi que vient le problème, après tout…
D’ailleurs, l’autre aura peut-être un jour l’occasion de m’apprendre tout autant que ce que je croyais pouvoir lui montrer de prime abord. Et il le fera certainement dans son domaine, celui qui reste peut-être encore derrière mes œillères, qui sait…
* * *
La lance ou le sabre étant aussi symboliques du verbe, tout ce qui est dit ici est aussi valable pour toute forme d’échange verbal. Ici, la pratique au sabre, dans la matière, agit comme un excellent guide comportemental.
Budô
« Budô » signifie « arrêter la lance ».
Ma propre lance…
Ici la question devient purement humaine, psychique, dans mon comportement au quotidien.
Lors : ai-je vraiment besoin « d’attaquer » ? Pourquoi ? Depuis quand ? Est-ce une erreur ? Suis-je en cela une victime ? Est-ce que je me défends ? Contre quoi, au juste : un coup dur, un principe, une émotion, ou contre moi-même avec le bon prétexte du bretteur en face, même s’il s’y croit ?
D’où vient cette animosité qui s’est révélée à mon insu ?
Bu-Dô signifie :
« Règle tes problèmes avant toute chose, au lieu d’accuser l’autre en face de ta propre souffrance. Non seulement tu as encore des œillères, mais tu ne sais jamais assez bien qui tu as en face. Baisse donc d’un ton, regarde vraiment ce qu’il se passe, et évalue honnêtement si la situation nécessite l’usage de ta lance, ou bien en vérité celui de ton cœur. »

Isadora P.
15 février 2026
La confiance en soi #1
La confiance en soi #1
A fortiori en tant que femme dans cette époque encore bien patriarcale, en tant que pratiquante relativement jeune et avec une sensibilité aiguisée, il me semble vraiment important de développer ce sujet phare en aïkido. S’il est devenu un slogan fédéral, c’est bien parce qu’il représente un enjeu psychoémotionnel qu’on a besoin de creuser, alors qu’à mon sens on n’en parle pas encore suffsamment. Il est aussi un des axes de la préparation mentale. Ce sujet soulève non seulement des questions motivationnelles, mais révelle surtout des questions identitaires.
Délicatesse et discipline
Celui qui sait être suffisamment méticuleux et répétitif dans sa pratique, et qui arrive ensuite à reconnaître ses progrès, sait prendre confiance en lui.
La confiance en soi éclot petit à petit comme une fleur délicate par une action méticuleuse et répétée, et par la reconnaissance que l’on vient ensuite à s’accorder pour les progrès qui découlent de notre action.
En effet, ce sera au sein d’une pratique à la fois mesurée et régulière que démarrera peu à peu une dynamique nouvelle, un champ d’exploration encore vierge, d’autres perspectives, un nouveau spectre de possibilités.
Objectifs justes
Mais cela commence avant tout par la mise en perspective d’objectifs atteignables.
Certes, il est important voire primordial d’avoir un objectif phare un peu secret, un idéal rêvé à la Georges Lucas, du genre « je veux devenir un jedi », et c’est parfois même cela qui nous fait grimper sur le tatami pour la première fois.
Je vous en prie, ne brisez jamais votre rêve d’enfant ni celui d’un autre par cynisme – même si c’est à la mode ! Car si vous savez bien utiliser cet objectif secret, il sera au service de la confiance et de l’estime que vous cultivez pour vous. On a tous (ou on a tous eu) un rêve secret ou des aspirations à un idéal, et c’est véritablement porteur autant que précieux.
MAIS cet idéal ne doit absolument pas être le seul objectif considéré au quotidien. Car cela briserait le rythme de progression par son côté potentiellement lointain : cet objectif phare sert principalement à donner une trame cohérente, à aligner tous les objectifs intermédiaires qui se situeront entre l’idéal à atteindre (disons « professeur d’aïkido » à la place de « jedi« ) et la situation actuelle (j’ai deux ans de pratique).
Il est important, raisonnable et constructif de ne considérer les objectifs que l’un après l’autre comme des panneaux sur la route. On ne marche pas jusqu’à Saint Jacques de Compostelle en pensant chaque jour seulement à la cathédrale. Il est désormais communément reconnu que c’est non seulement la préparation, mais surtout le cheminement, l’enjeu réel du pèlerinage.
Lister/conscientiser
Autant la spontanéité est porteuse dans une situation ou on se sent déjà talentueux, autant on a besoin de clarté, de rationalité et de discipline pour débuter dans un nouveau domaine, car on se sent fragile, vulnérable, un peu bête, et ce n’est pas grave. C’est au contraire véritablement courageux de prendre conscience de son inexpérience, et ensuite de marcher vers elle pour la combler.
Nous arrivons donc à la nécessité d’établir une liste d’objectifs qui sera évolutive dans le temps, à mesure des étapes atteintes. J’en cite ici plusieurs pour l’exemple, mais évidemment ce n’est pas exhaustif ni formel, et vous considérerez vos deux ou trois premiers objectifs avant de vous sentir concernés par la suite.
(1000. objectif secret : devenir professeur/samouraï/jedi )
Progressivité
D’ici à notre idéal, chacune des petites étapes validées constitue une victoire à célébrer. Et chacune de ces victoires sera ensuite importante à se remémorer lors d’étapes difficiles ultérieures. « Comment c’était déjà, lorsque j’étais débutante mais que je me suis surpassée ? Ah, oui, je croyais que j’allais faire une syncope, et puis j’ai quand même passé mon grade devant tout le monde, et j’ai même reçu les félicitations du public… »
Aujourd’hui, j’ai peut-être le même trac. Mais le fait de me remémorer mon sentiment de réussite passée me solidifie. Cela nourrit mes racines et me consolide sur mes appuis intérieurs (mentaux et émotionnels). Il faut un peu de prétention, pour prétendre grandir… Attention, point trop n’en faut, mais tant que cela n’évolue pas vers l’orgueil, cela reste tout de même le premier moyen pour se redresser et avancer.
Enfant/ado/adulte
Souvent on dit que le débutant en aïkido (ceinture blanche) est comme un enfant. Le passage à la ceinture noire ressemble à l’adolescence, et les dan qui suivent écrivent ensuite la maturité du parcours. Donc en tent que débutant, il faut savoir se prendre soi-même par la main, un peu comme on le ferait avec un enfant. Et cela ne doit pas être perçu comme un jugement de votre valeur fondamentale, mais au contraire comme une façon de prendre votre vie en main. En effet, il s’agit d’accompagner les parties de vous qui sont encore fragiles. Vous aurez moins besoin des autres à mesure que vous vous rendrez capables de vous solidifier par vous-même.
Voici là la nature même de l’esprit martial et l’esprit de résilience : nous servir de la présence de l’autre en face qui est comme un miroir (voir article : la combativité intelligente), pour marcher vers notre propre faiblesse pour la conscientiser pleinement et la corriger ensuite par nous-même.
» Bienvenue au club !! Ganbatte kudasaï !!! «
Découper encore davantage les objectifs
Et il existe encore évidemment beaucoup d’étapes intermédiaires entre les exemples listés ci-dessus, et vous trouverez les vôtres en allant à la rencontre de vos besoins réels en termes de solidification intrinsèque, d’estime de soi, et de sécurité émotionnelle.
De quoi ai-je vraiment besoin pour me sentir contente de moi, fière de moi, résiliente, fiable… valable ?
… suffisante pour mon auto-approbation intérieure ?
Une question se pose : est-ce que je pratique parce que j’aime avoir le sentiment de progresser, ou parce que je ne supporte pas mon ignorance ? Savez-vous pourquoi les gens doués sont aussi souvent ceux qui abandonnent le plus facilement ? Parce qu’ils sont trop exigeants avec eux-mêmes. Et cela parce qu’ils se sont tellement habitués à leur excellence en un domaine précis qu’ils se sont de ce fait rendus incapables de côtoyer autre chose que leur talent.
Or, un Budoka sait passer de ses zones de fragilité à ses zones de forces, et c’est justement en cela que se développe sa résilience à mesure qu’il cultive ce courage.
Ce courage étant très difficilement perceptible par les autres (qui ne vous connaitront jamais aussi bien que vous-même) vous êtes le premier à être en mesure de pouvoir le reconnaître de vous-même et en vous-même. Vous êtes donc courageux de reconnaître vos faiblesses, et il faut pouvoir vous féliciter lorsque vous constatez une erreur, justement parce que vous vous êtes rendus capables de la constater. Et ceci n’est rien moins que le témoin de votre force.
Minuscule mais capital
Donc ces petits objestifs quotidiens sont peut-être minuscules, mais ils sont d’une importance capitale, car c’est leur validation qui construit progressivement une estime de soi plus élaborée : j’ai appris une posture au dojo, donc je l’utilise et je me redresse. J’utilise ce que j’apprends. Je me l’approprie, le réinvente pour moi, le mâche, le digère. J’y pense de plus en plus souvent, même à la boulangerie (car une baguette de pain, c’est comme un jo…).
Ceci est encore une petite victoire, et il est nécessaire de le reconnaître. Et il en existera cent autres, au quotidien. Et si avec le temps, l’observation fine, vos lectures et votre cheminement intérieur vous concevez peu à peu, embrassez, pénétrez, déchiffrez, saisissez en quoi consiste vraiment le Budô, vous comprendrez que cette « Voie » peut réellement changer votre vie par la perception que vous en avez :
vous passez alors de l’impression de la subir au sentiment de construire votre vie. Par choix, par valeur, par engagement envers vous-même.
Avoir tenu une promesse, se sentir courageux, respecté, beau dans son corps et dans sa vie, se valoriser non pour empâter l’ego mais plutôt par amour-propre, tout ceci nous fait nous redresser et développer une saine fierté de soi par rapport à celui ou celle que l’on était, que l’on est aujourd’hui, et aussi que l’on devient.
Sentir qu’on évolue positivement vers un chemin que l’on a choisi, et entériner cette conscience par de petites mais nombreuses célébrations intérieures, voici une des clefs de la construction de soi et donc de la confiance que l’on se porte à soi-même.
Doucement…
MAIS il s’agit encore de ne pas brûler les étapes. Encore une fois, la patience est de mise, et le ralentissement est une clef. A bien y regarder, il s’agit simplement ici de prendre en charge son impatience.
Plutôt que d’aller trop vite, il est en effet bien plus important de stabiliser les acquis, de s’assurer qu’ils sont bien valables avant de les imprimer dans son corps. Car au-delà de la perte de temps occasionnée, ce sera véritablement difficile de désapprendre un mouvement naturalisé en réflexe, si au bout de dix ans on se rend compte que c’était une erreur. Prendre le temps de savoir si je me sens à l’aise avec ce que j’apprends, comment et pourquoi cela me met à l’aise, voilà une bonne fondation pour la pratique à venir.
1%
Donc que je sois débutant ou confirmé, lorsqu’en courageux budoka je marche vers mon ignorance, je comprends que je connais seulement 1% de la masse qui se présente à moi, et que ce soit après une ou quinze années de pratique, cela peut toujours faire peur.
Mais 1%, c’est toujours 1% de solidité, et c’est bien ! C’est déjà ça, et c’est suffisant pour aujourd’hui.
« Bravo, moi ! »
Demain, je commencerai sans doute 2%, mais aujourd’hui, j’apprends à me satisfaire du 1%.
Savoir doser
La motivation apparaît à mesure qu’on perçoit l’objectif comme atteignable, mais la fierté de soi apprraît à mesure de la difficulté de l’objectif lorsqu’il est atteint.
Il existe donc une juste tempérance à cultiver pour soi dans le choix de nos objectifs, car ils doivent rester porteurs mais gratifiants. Il doit exister un risque d’échec, sinon il n’y a pas d’enjeu, mais il n’y a pas non plus de drame à créer, ce qui deviendrait alors un piège qui se retourne contre nous-même. Ce drame que nous créons pourtant à mesure que l’enjeu nous paraît important, disparaît à mesure du découpage du parcours en étapes intermédiaires reconnues comme des accomplissements.
« Je fais ce que je peux, mais je le fais !
Je le fais, mais je fais ce que je peux. »
Le corps : un maître de plus
Même si mon merveilleux rêve me donne une brûlante envie de tout faire au plus vite, celui qui par la force des choses régulera ma force d’accélération en me cadrant par une nécessité de cohérence, de réalisme, et de discipline, c’est mon corps.
Et c’est lui qui me véhicule vers ma prochaine étape, et pas seulement mon enthousiasme. Une blessure est vite arrivée : le corps n’est pas remplaçable, il est sujet aux lésions définitives, et il ne sera jamais seulement l’outil qu’on voudrait croire. C’est un guide respectable, doué d’une intelligence physiologique (métabolisme), parfois même considérablement plus réaliste, honnête et rigoureux que le mental.
Il est toujours honnête, et il est donc un indicatif très précieux sur le chemin. Savoir écouter son corps sans le subir, traverser intelligemment la douleur sans générer de lésion, s’hydrater, se nourrir, avoir chaud, transpirer, chuter, se faire des bleus et des courbatures, accompagner consciencieusement son corps permet de devenir tout aussi consciencieux dans son cheminement intérieur. L’un fonctionne avec l’autre depuis toujours, et il est absolument irrationnel de les séparer comme la société occidentale des XIXe et XXe siècles a voulu nous le faire croire.
Si je chemine à l’intérieur, ca se voit dans mon corps. Si je développe mon corps, cela me fera cheminer intérieurement.
L’épreuve
Une fois la solidité suffisamment installée, l’épreuve se présentera d’elle-même sur le parcours, et pas toujours quand on l’attend. Un regard, un avis donné, un échange sur le tatami avec un nouveau partenaire, un nouveau dojo, un autre courant de pratique.
L’épreuve confirme ou infirme la solidité intérieure qu’on a construite.
C’est discret et farouche…
La confiance en soi apparaît d’elle-même, naturellement, à mesure qu’on explore une succession de situations différentes dans le même domaine :
Si mon partenaire me déséquilibre ? C’est ok, j’ai su me repositionner.
S´il me surprend ? C’est ok, j’ai eu le bon réflexe.
S’il teste la cohérence de ma technique ? Zut, ce n’est pas brillant, mais je me sens quand même solide sur mes appuis.
S’il me fait douter de moi ? C’est ok, je ressens la cohérence de l’enseignement que j’ai reçu.
Et s’il ne me respecte pas ?
Non-respect versus confiance en soi
Le respect des autres ? Fausse question. Le question est : est-ce que je me respecte assez moi-même ?
En soi… je n’ai pas besoin du respect de quelconque personnage en particulier pour savoir que je mérite le respect en général. Si celui en face me néglige (dans cette situation, ce jour-là, à l’heure de la digestion, alors même que son kimono semble trop serré, et qu’il pleut), c’est sa tourmente à lui et je n’ai aucune raison de m’y identifier vraiment. Voire même, si possible, j’ai de la compassion à développer.
Si c’est utile, je lui ferai comprendre que ce jeu-là ne prend pas avec moi, mais toute colère ne ferait ici que confirmer l’influence ou l’emprise qu’il aurait sur moi, alors que je n’ai aucune raison de la lui accorder vraiment. En effet, dans le budô on cherche plutôt à générer les choses au lieu de les subir.
Toute la maîtrise réside alors dans ma façon de diriger utilement mon attention, ce sur quoi je focalise, sans gaspiller mon énergie.
Le respect ne se quémande jamais. Il s’organise de lui-même autour de la sérénité véritable de celui qui cultive pour lui-même un respect intérieur avant toute chose (et qu’il n’a donc pas besoin de montrer), et qui s’élabore à mesure de la connaissance qu’on a de soi-même par l’élaboration progressive de notre parcours, et de la reconnaissance intérieure de notre valeur intrinsèque et fondamentale qu’on y rencontre. Il s’agit en effet d’identité : qui on est / d’ou on vient / ce qu’on a dans le ventre / ce dont on se sent capable et face à quelle situation.
A suivre…
Par Isadora P., le 2 mars 2026
La combativité intelligente
Esprit de paix/esprit de lutte : La combativité intelligente
Qu’est-ce que je génère, en vérité ?
Pour le budoka, cette sage question se pose à chaque instant. Est-ce que ma présence (pensées, paroles, actes) engendre quelque chose de constructif-évolutif, ou quelque chose qui tourne en rond, qui se stigmatise et se sclérose ?
L’attaque
En effet, pour voir clair au sein de tout échange, il faut un esprit tranquille. Comme le miroir de la surface d’un lac qui reflète l’image de la montagne. L’eau réfléchit bien quand elle est calme. Le Budoka réfléchit bien lorsqu’il est serein.
L’attaque peut être rapide, bruyante (Kiaï), parfois même forte et fulgurante, mais elle peut rester paisible à l’intérieur. Cette paix existe à partir du moment où celui qui agit ne s’identifie pas vraiment à ce que l’autre en face pourrait penser de lui. Le même état peut se percevoir en recevant l’attaque.
Si le budoka sait profondément qui il est et d’où il vient, rien n’aura de prise sur la tranquillité de son esprit.
Si rien n’a de prise, son attaque ou sa réponse peuvent exister sans émotion, soit avec un certain détachement.
Souplesse d’esprit
Souplesse d’esprit
Et c’est ce détachement qui lui permet la malléabilité d’esprit pour transformer son approche en fonction de l’échange. Et c’est cette malléabilité, cette « souplesse » que nous nommons « Aïki » qui permet une réactivité intelligente, désintéressée et constructive.
Comment l’obtenir vraiment, concrètement ?
Comment cultiver à la fois cette force et cette souplesse d’esprit ?
L’esprit étant à l’image du corps, il m’apparaît d’en observer l’analogie :
– Comment le corps se renforce ? Par la musculation, le nourrissement en protéines, et la régularité.
– Comment est-ce que le corps s’assouplit ? En côtoyant régulièrement ses limites, mais sans aller trop loin. Il s’agit de sortir régulièrement de sa zone de confort, mais sans aller trop loin jusqu’à la lésion. Il est pour cela nécessaire de savoir différencier la douleur utile (courbature) de la douleur lésionnelle (tendinite).
Donc par analogie, d’un point de vue de l’esprit : m’amener hors de mes limites, celles de ma zone de confort, est-ce que cela me brime, ou au contraire, est-ce que cela me propulse ? Est-ce que je vais simplement revivre un ancien trauma de la même manière comme une mouche qui tape indéfiniment sur le même carreau, ou est-ce que mon approche permettra cette fois de le transcender ?
Pour cela mon regard se doit d’être suffisamment nouveau.
Entre la situation qui se présente et moi-même, c’est à moi de me débrouiller pour que la « mayonnaise puisse prendre ».
C’est la sagesse du bon moment : si je sais que c’est le bon moment pour explorer mes limites, j’y vais. Si je suis fatigué.e, que j’ai peu de réserve ou de patience – ce qui arrive à tout le monde – mon esprit sera automatiquement sur la défensive et le lien entre ce que la vie m’amène et moi sera brisé. Les conséquences de mes actes engendreront alors des cercles vicieux qu’il sera plus difficile de briser à mesure qu’ils grossissent.
Pour entretenir cette perception qui me fait penser que « la vie m’amène des choses qui me font avancer », il faut pouvoir retrouver la sérénité évoquée au début.
Recul
Tout découle de ce sentiment de paix qui existe à l’intérieur de soi et qui nous fait dire « ce n’est pas si grave » oui, cette attaque est rapide, oui, elle est bruyante, oui, le type en face me cache la lumière du jour… Ce n’est pas si grave, c’est mon prisme émotionnel qui me fait croire que ça l’est, si je m’identifie seulement à ce qu’il me crie.
Or, je ne suis pas seulement mon émotion, je suis beaucoup plus que cela.
Comme le bébé qui crie n’est pas seulement la famille ; cette dernière l’entoure, l’englobe et le dépasse, en nombre autant qu’en expérience. C’est la famille qui accueille le bébé, et non l’inverse. C’est le budoka qui est responsable de son émotion, et non l’inverse. Il reste à son écoute, mais ne se laisse pas toujours dicter sa conduite par elle, et il considère sa cause également. Il ne cherche pas même systématiquement à changer cette cause : bien souvent l’observation lui fait comprendre des choses sur lui-même, et cela peut suffire à sa pleine satisfaction.
Lors, je respire, baisse mes coudes, mes épaules, mes hanches et prends du recul sur ma tempête intérieure : ce n’est qu’une tempête, et elle passera.
Conscientiser et nommer l’émotion la canalise, l’encadre, la sécurise.
C’est comme un enfant à l’école : si l’instituteur connaît bien tous les prénoms des élèves de sa classe, il sait mieux les canaliser. Pour l’émotion, il s’agit d’une forme de reconnaissance intérieure. Une fois l’émotion reconnue, je peux m’en détacher.
Ce recul me permet alors de réagir avec souplesse en disparaissant au bon endroit au bon moment pour réapparaître au bon moment et bon endroit dans cet effet de vide et de plein que nous connaissons bien en aïkido : il s’agit non pas de créer un rapport de force dans une opposition directe, ce qui serait brutal, mais d’engendrer au contraire quelque chose de doux, qui s’exprime bien souvent selon un principe spiralé et déséquilibrant.
Car dans l’idéal, il s’agit de « prendre le centre » pour amener le partenaire dans une situation qui neutralise le conflit sans porter atteinte à l’intégrité de qui que ce soit. Sans aucun esprit de revanche, ni de rancune, ni de quelconque parcelle de vengeance, même moindre, à l’évidence. Ainsi la pratique reste à la fois agréable, intelligente et constructive.
Au sabre, cette façon de recevoir l’attaque se nomme « densité ».
Il est nécessaire « d’opacifier » le coup reçu dans une sorte de « souplesse dense » qui vient du fait que les hanches soient souples sur des genoux pliés dans une position précise par rapport à la ligne d’attaque, en position hanmi, soit les hanches tournées de trois-quart et non de face.
Ceci occasionnera un son mat entre les sabres, exactement de la même manière que le bruit dans une salle de cinéma, car les murs absorbent toute perturbation sonore. Il s’agit de recréer la même texture de réception, en souplesse ferme, pour pouvoir absorber le coup sans le subir.
Seulement, pour être capable de générer cette « matité dense », cette réception solide, presque écrasante, consciente, détournante – et finalement presque tendre – certes il faut bien se placer, et réceptionner au bon moment, mais nous en sommes ici encore au stade élémentaire de la technique, et cela ne suffit pas.
Parlons humain
Pour créer un échange réel, il est en plus nécessaire de connaître en profondeur la façon d’être de celui qui porte le coup. Chaque sabreur a sa physiologie, son angle d’attaque, sa posture propre, et chaque façon d’attaquer est différente. Et même avec un partenaire unique, chaque moment sera encore différent de tous les autres.
Donc je ne sais jamais ce qu’il va se passer, et mon esprit se doit de cultiver une virginité maximale.
Cela me permet d’être vraiment à l’écoute de celui ou celle que j’ai en face de moi. Il ne s’agit pas d’étouffer le coup du partenaire, bien au contraire. Il doit pouvoir pleinement s’exprimer et avoir ce sentiment. D’ailleurs, cela fait du bien et ça détend. C’est donc propice à la création d’un espace d’échange sincère.
Il est toujours désagréable le partenaire qui brandit son sabre inutilement, avec de fausses attaques à moitié faites, à longue distance, sans qu’il n’y ait jamais de coup réellement efficace, entier et profond ; dans ce comportement gênant qui ne fait qu’empêcher, sans que cela crée quelconque situation réelle, il n’y a là que gesticulation sans portée, comme un moucheron qui s’agite devant notre champ visuel.
Le coup porté doit pouvoir à la fois s’exprimer, et aussi être reçu avec la même profondeur. C’est une forme de respect…
Car j’accepte que l’autre est entier et qu’il a son individualité propre et son type de cheminement parfois différent du mien.
Je rejoins ici ce que disait Farid S.M. DFR de Bretagne, dans cet entretien : « toute attaque est une tentative de communication »
« Abaisse donc les coudes, les épaules, les hanches, et les émotions. » Écoute celui qui est en face, vraiment… Ce qu’il te dit, ce que tu n’as pas encore compris, ce qui existe encore derrière tes œillères, mais qu’il te montre peut-être depuis le début.
Lucidité inconditionnelle
Dans l’absolu, même si l’intention de celui en face était de me « tuer », cela ne justifierait pas que je « perde mon centre ». Rien ne doit être perçu comme foncièrement grave tant que ma réaction reste appropriée, c’est-à-dire responsable, consciente, et donc souveraine.
S’il peut arriver de faire tout un foin avec l’émotionnel, c’est lorsqu’il y a perte de contact avec l’ancrage identitaire qui se situe derrière, en notre centre réel inaliénable qui se situe au-delà de tout enjeu humain, dans ce centre qui par son fonctionnement, rappelle celui de l’œil d’un cyclone. Certes, reconnaissons que le contexte peut parfois s’avérer musclé… et chacun risque toujours de perdre pied.
Mais dès lors que je vis l’expérience et la génère, c’est toujours moi qui fais que ça devient grave ou non… Par mon animosité, si j’invente qu’elle existe en ce contexte, et surtout par ma façon de m’identifier à la réaction de l’autre.
Mais si je me rappelle assez souvent mon socle identitaire réel, alors mon absence de vexation, de réaction émotionnelle ou égotique – qui pourrait être confondue avec du nihilisme si on ignore la démarche philosophique sous-jacente qui transcende l’émotion, voire qui annule sa naissance même – aura l’effet de déstabiliser celui qui pouvait vouloir me porter atteinte (s’il le voulait vraiment, ici la question se pose toujours). Car s’il le faisait par animosité, il s’attend donc à recevoir la même animosité. Mais par mon absence de réaction opposante, tout ceci tombe alors dans le vide. Et en cela je conserve mon centre, ma souveraineté autant que mon intégrité, mais surtout ma conscience claire et mon regard limpide sur la situation. Alors chacun apprend de l’échange qui s’est fait constructif, et augmente sa capacité à le cultiver encore davantage.
Et cette sincère réciprocité engendre à son tour la perception d’être ensembles.
« Musubi »
Pour cela, il est plus que jamais nécessaire de connaître celui qu’on a en face car ce type d’échange est un principe mobile très délicat qui se brise facilement et qu’il faut savoir entretenir. S’il y en a un qui joue la surdité (excès de yang), ou le fait de se regarder lui-même en l’autre (auto-éblouissement), il n’y aura pas d’échange.
Comment savoir qui des deux joue la surdité ? Impossible. Qui plus est, la question est inutile. Le cas échéant, le seul constat à faire est qu’il n’y a pas d’échange, et que donc les deux protagonistes ne se connaissaient pas suffisamment l’un l’autre pour que l’échange puisse se créer.
Une réponse toujours utile : ralentir et se détendre.
Observer, vraiment. C’est à dire avec « plus de pixels » dans notre état de conscience. Zoomer. Ralentir le temps, décomposer pour mieux distinguer les différentes ramifications de la situation, ses tenants et ses aboutissants réels. Émotionnels, mentaux, historiques, les conditionnements de lieux, de temps, d’époque, de sexe, de corpulence, d’âge, d’état de fatigue, de déshydratation, d’accumulation, etc.
Il s’agit ensuite de recommencer plus calmement et avec plus de détachement. Dix fois, cent fois s’il le faut, l’étude sera prospère s’il y a sincérité réciproque. La patience est de mise, il ne faut rien attendre.
Le mouvement parfait apparaît toujours de lui-même, et par surprise.
Et on ne peut constater son existence que lorsqu’il est révolu. Il se présente plus souvent à mesure qu’on perd toute forme de conditionnement et de verrouillage.
Alors on a tout pour se détendre, car en soi rien n’est si grave, puisque notre tranquillité interne est censée prévaloir sur tout le reste. Comme la montagne surplombe la plaine, il s’agit de voire au-delà, et de cultiver un regard plus élevé qui transcende à la fois le temps et l’espace, qui perce les âmes, mais qui sait aussi défocaliser de ce que tout ceci génère.
Personne ne vaut foncièrement mieux – ni pire – que l’autre en face, et c’est peut-être de moi que vient le problème, après tout…
D’ailleurs, l’autre aura peut-être un jour l’occasion de m’apprendre tout autant que ce que je croyais pouvoir lui montrer de prime abord. Et il le fera certainement dans son domaine, celui qui reste peut-être encore derrière mes œillères, qui sait…
* * *
La lance ou le sabre étant aussi symboliques du verbe, tout ce qui est dit ici est aussi valable pour toute forme d’échange verbal. Ici, la pratique au sabre, dans la matière, agit comme un excellent guide comportemental.
Budô
« Budô » signifie « arrêter la lance ».
Ma propre lance…
Ici la question devient purement humaine, psychique, dans mon comportement au quotidien.
Lors : ai-je vraiment besoin « d’attaquer » ? Pourquoi ? Depuis quand ? Est-ce une erreur ? Suis-je en cela une victime ? Est-ce que je me défends ? Contre quoi, au juste : un coup dur, un principe, une émotion, ou contre moi-même avec le bon prétexte du bretteur en face, même s’il s’y croit ?
D’où vient cette animosité qui s’est révélée à mon insu ?
Bu-Dô signifie :
« Règle tes problèmes avant toute chose, au lieu d’accuser l’autre en face de ta propre souffrance. Non seulement tu as encore des œillères, mais tu ne sais jamais assez bien qui tu as en face. Baisse donc d’un ton, regarde vraiment ce qu’il se passe, et évalue honnêtement si la situation nécessite l’usage de ta lance, ou bien en vérité celui de ton cœur. »
Isadora P.
15 février 2026
L’eau
L’eau
Ressource incontournable
Par Isadora P. le 11 février 2026
Avez-vous soif ou faim ? Faim ou soif, savez-vous seulement faire la différence ? Souvent, vous avez soif, mais vous mangez. Et après le biscuit, vous enchaînez avec un autre biscuit. Comment le corps peut-il seulement se nettoyer lorsqu’on lui rajoute des choses au lieu d’en enlever ?
Faim/soif, quelle différence ?
Lorsque vous avez un petit creux, la meilleure manière d’apprendre vraiment à faire la différence entre faim et soif, c’est de commencer par boire au lieu de manger, et attendre de voir si la sensation de faim réapparaît ou non.
Une bonne habitude de base consiste à boire un grand verre d’eau claire environ une demi-heure avant le début du repas, de midi par exemple. L’idéal est de se faire un rituel à heure fixe, pour être sûr de le faire au moins une fois dans la journée, à 11h30, par exemple.
Conscientiser
Petit à petit, vous vous rendrez compte par vous-même à quel point ce simple verre d’eau fait toute la différence dans votre manière de manger.
N’ayant plus soif au début du repas, vous allez naturellement prendre plus de temps pour vous installer à table, pour mastiquer tranquillement, et le repas sera bien plus serein et nourrissant.
Un simple petit verre d’eau à la fin suffira pour finir l’assiette, et votre estomac n’aura pas de grand volume à traiter, puisque l’eau l’aura traversé avant même le début du repas.
Différencier
Savoir distinguer la faim de la soif est une capacité de conscientisation qui s’élabore à mesure que vous la travaillez au quotidien, dans vos rythmes alimentaires comme hydriques. Si vous buvez et que vous n’avez « plus faim » même après une demi-heure, c’est que c’était juste de la soif et non de la faim. Ceci pourrait paraître anodin, mais cela change réellement l’équilibre du corps.
Combien ?
Il est conseillé de boire 1,5 à 2L d’eau par jour en moyenne, et davantage lors d’une journée sportive.
Pour arriver à caser ce volume aqueux consciemment dans votre journée, l’idéal est de placer une bouteille de 1L à côté du lit, de boire la moitié le matin au réveil, et l’autre moitié le soir au coucher.
Comprendre le nouveau rythme
« Je vais me lever la nuit » direz-vous…
Peut-être au début, mais cette phase d’élimination toxinique ne dure jamais très longtemps.
Lorsque le corps a passé un long moment en déshydratation, il a tendance à utiliser la moindre goutte d’eau disponible pour se nettoyer dès qu’il en a l’occasion.
Donc étant déshydraté, vous pourriez avoir la sensation d’uriner de manière intempestive dès que vous absorbez le moindre petit verre d’eau. Mais si vous vous tenez à un degré d’hydratation suffisant pendant au moins une semaine, vous constaterez par vous-même que votre corps se trouvera moins de toxines à éliminer par les urines, et une certaine « tranquillité aqueuse » se fera sentir.
Vous pourriez même retrouver davantage de plaisir à vous désaltérer car votre cerveau aura rétabli des connexions entre votre mental conscient et votre système nerveux autonome (parasympathique, celui qui gère les fonctions digestives).
L’excès minéral
Lorsqu’il se trouve des minéraux en excès dans votre corps, comme le sel, il existe une sorte de tension intérieure (liée à la tension artérielle). Vous pouvez apprendre à la percevoir grâce au jeu de contraste entre les périodes :
et les moments de :
Comme une forme de respiration, savoir trouver le bon équilibre entre ces deux extrémités métaboliques est une clef pour la santé, cela s’apprend au fil du temps et de l’écoute du corps que vous vous accordez, et permet d’optimiser le fonctionnement des émonctoires et de prévenir l’apparition de toxines morbides comme les calculs rénaux, biliaires, les raideurs articulaires, etc.
L’étude des urines
Acides le matin, claires et neutres le soir, les urines restent un des indicatifs les plus visibles pour vous accompagner dans votre équilibre d’hydratation. Certains aliments les concentrent et les rendent troubles et/ou malodorantes, comme le café. Au contraire, le thé fera juste sortir l’eau de votre corps en grande quantité, rendant les urines plutôt claires. Après le sport (si on a oublié de boire) elles sont plus concentrées, après un massage elles sont diluées. Leur étude vous rapprochera de vos rythmes en vous faisant mieux comprendre comment et par rapport à quoi votre corps pourrait vouloir compenser. L’étude des selles se fait de la même manière, et leur taux d’hydratation est souvent proportionnel à celui de votre corps : en effet, boire trop peu, ça constipe.
Savoir écouter les messages du corps
Rapport entre le taux d’hydratation et l’intestin, rythmes alimentaires, sommeil, état de la peau, système nerveux…
Pour comprendre vraiment comment et quand votre corps utilise l’eau, il est nécessaire de l’écouter sincèrement. Parfois même par une étude plus poussée : n’hésitez pas à prendre des notes, à tenir une grille mensuelle pour vous étudier dans vos rythmes, mesdames le connecteront facilement à leur cycle menstruel, et messieurs à leur cycle de testostérone de 24 heures. Ceci s’inscrit également dans les cycles lunaires et saisonniers, d’où l’intérêt de prendre des notes pour entrevoir réellement ce qu’il se passe, à quel moment, et par quelle influence.
Le café
Drogue douce… L’effet principal de la caféine est de s’accaparer les récepteurs à adénosine à qui elle ressemble, ce qui lui permet de pénétrer le cerveau.
L’adénosine est certes responsable de la sensation de fatigue, mais elle est aussi anti-inflammatoire, elle régule le rythme cardiaque, et globalement, encourage le fonctionnement parasympathique du corps = sommeil, immunité, digestion, réparation.
Donc non seulement le café est diurétique et vous déshydrate mais en plus, il inhibe les capacités régénératrices naturelles du corps.
Vous êtes facilement anxieux, sous anti-inflammatoires, insomniaque, vous n’arrivez pas à lâcher-prise mentalement, vous aimeriez pouvoir ressentir une sérénité durable alors que vous buvez beaucoup de café ? Certaines questions de cohérence sont à se poser. Le café vous met en mode « chasseur, samouraï », soit le mode orthosympathique, certes cela peut s’avérer ponctuellement utile, mais son usage ne devrait pas être systématique.
Souvent lorsque les gens me consultent et que je remarque un corps acidifié, des inflammations, des maux de tête, des articulations douloureuses, de la nervosité, voire de l’arthrite ou encore des tensions musculaires chroniques, je leur demande :
– Et au niveau de l’eau, vous buvez beaucoup ?
– Ah non ! c’est vrai, je bois peu… j’en suis à un verre par jour.
Alors je demande :
– Vous aimez le café ?
– Ah ! Oui ! J’en bois tout le temps !
Ce lien entre absence de soif et abondance de café m’apparaît si récurrent que j’en viens à ma poser des questions si en plus de l’adénosine, le café ne bloquerait pas non plus les récepteurs de la sensation de soif. Là encore, des questions se soulèvent.
« Je n’ai pas soif »
D’autres causes de l’absence de soif sont pourtant bien réelles et prouvées, et je vous invite ici à lire ce très bon article qui invite au bon sens et à la cohérence : « Je ne bois pas assez… Je n’ai jamais soif… Comment boire suffisamment d’eau ? »
Est-ce là un enjeu de santé publique ?
Oui.
Car l’eau est bien la première ressource liquide du corps, son premier nettoyant, son premier système de régulation métabolique, son principal régulateur de température, de gestion de l’effort, du stress, de réparation musculaire, osseuse, articulaire, etc.
Si le corps est privé d’eau, il vit comme une plante rabougrie dans un désert, concentrant ses fonctions et survivant péniblement chaque jour l’un après l’autre en attendant désespérément de quoi déployer ses feuilles sans pourtant pouvoir s’exprimer jamais pleinement.
Que dire sinon que c’est tristement une façon plus ou moins consciente de s’empêcher de vivre pleinement.
« Oui, mais je bois beaucoup de liquides… »
Blague à part…
L’alcool déshydrate, le thé, le café, et aussi certaines tisanes sont diurétiques donc elles déshydratent aussi (vous buvez une tasse, vous urinez deux tasses ou plus), et il est important de considérer et comprendre que toutes les boissons type soda, boissons sucrées, notamment la bière sans alcool sont en fait considérées par le corps comme des « aliments à digérer », et lui demandent donc un « effort de traitement digestif » en plus d’un syndrome hypo/hyperglycémie à gérer, et ceci en plus du fait que le sucre soit pro-inflammatoire.
Au-delà de l’énergie digestive demandée en plus et des sucres rapides bien souvent fourni en excès,
vous nettoieriez votre cuisine avec du jus d’orange ?
Le seul liquide qui puisse être considéré comme hydratant, c’est l’eau, et le corps se nettoie par l’eau seulement. Il est inutile de le « tromper » par des subterfuges liquides qui d’une ne lui sont pas foncièrement utiles, mais qui de plus et bien souvent, l’encrassent ou l’irritent lentement mais surement.
De l’eau, oui, mais laquelle ?
Préférez une eau dynamisée et faiblement minéralisée.
Les minéraux présents dans l’eau ne sont pas biodisponibles pour le corps humain parce qu’ils sont ioniques et non sous forme colloïdale (mucus), il faut donc être une plante pour pouvoir les assimiler et les utiliser vraiment sans qu’ils soient juste des radicaux libres pour le corps. Nous les humains, comme les animaux n’avons pas cette capacité de traiter les ions comme les plantes, (sauf le sodium, le potassium et le chlore). Donc pour se reminéraliser, il faut absorber les minéraux depuis la plante ou l’animal : en mangeant des cartilages ou des légumes.
Écologie oblige…
Au-delà des particules de microplastique que personne n’a envie d’ingérer, le fait de boire de l’eau en bouteille n’est pas un acte de conscience écologique. Il existe plusieurs solutions pour boire tout de même une eau de qualité avec plus de conscience globale.
Attention à l’acidité : le principe de la filtration mécanique trie les molécules d’eau comme un filet. Les molécules plus grosses comme les protéines, hormones, pesticides sont facilement triés mécaniquement, mais les éléments plus petits que l’eau passent au travers du filtre, comme les ions H+ qui sont responsables de l’acidité (pH).
Anecdote :
J’ai moi-même fait l’erreur de boire une eau de fontaine « délicieuse et filtrée »… mais avec un pH de 4 ! Cela m’a engendré un syndrome d’acidification progressive, heureusement rapidement enrayé dès que j’en ai pris conscience après mesure du pH de l’eau et changement de méthode (désormais j’en suis au charbon actif).
La vigilance sur le pH de l’eau reste de mise : dans l’idéal, il doit se situer entre 6,5 et 7,2.
Un véhicule irremplaçable
L’eau à boire au verre, l’H2O pur, sert de support pour diluer et/ou transporter dans notre corps tout ce qui est nécessaire. Oxygène, globules rouges, hormones, nutriments, globules blanc et système immunitaire, toxines, déchets métaboliques ou cellules mortes, il y a tant de choses à transporter dans le corps, au quotidien !
C’est comme une route, on préfère lorsqu’elle est fluide.
Lorsqu’il y a suffisamment d’eau disponible, les matières sont diluées et transportées efficacement. Que ce soit par les urines, la respiration (le souffle assèche les poumons à raison de 2L d’eau par jour, et davantage lors d’un effort sportif) et la transpiration, vous pouvez avoir confiance que l’excès d’eau s’éliminera naturellement de lui-même (par exemple en cas de rétention d’eau il est inutile de craindre de boire, car le problème se situe ailleurs).
Pour être réellement en excès, il faut boire plus d’un litre d’eau par heure, ce qui peut arriver exceptionnellement en cas de pratique sportive athlétique, mais ça fait tout de même une marge confortable avant de risquer réellement une hyperhydratation (si et seulement si vos reins, hypophyse, le foie et le cœur fonctionnent normalement).
L’utilisation de l’eau dans le corps fonctionne avec le mouvement
Que ce soit par le sport, des étirements, un drainage lymphatique, de la balnéothérapie (hammam, sauna, jacuzzy) ou les activités les plus élémentaires et fondamentales pour lesquelles nous sommes faits : la marche et la course à pied, le corps utilise le mouvement pour se nettoyer.
De fait, chaque situation de mouvement induit un jeu de pressions entre les différentes parties du corps, par exemple la plante des pieds qui lors de la marche (pieds nus, ça fonctionne mieux) sert de pompe pour remonter le sang à travers les veines et leur système de valves anti-retour. Les muscles jouent le même rôle, la respiration également, les changements de postures, autant que les micro-chocs occasionnels induits par une pratique sportive consciencieuse (ex : chute en aïkido).
Tous ces facteurs engagent notamment le mécanisme de la pression osmotique, qui fonctionne comme des vases communicants : à travers une membrane perméable (cellule ou organe), l’eau et les ions s’équilibreront naturellement de part et d’autre, selon la pression du milieu qui les fait traverser cette membrane.
Ainsi, vous avez tout pour avoir confiance que votre corps sait ce qu’il fait, et se rééquilibre déjà naturellement et avec une performance exceptionnelle, par des systèmes extrêmement élaborés, doux et efficaces, encore faut-il le lui permettre et lui en donner les moyens.
Réfléchissons : à bien y regarder…
(Parce que le naturopathe cherche toujours la cause de tout phénomène)
Au fond… reconnaissons que boire, ça fait peur. Parce qu’on a souvent peur de devoir uriner ensuite : d’être contraint par nos besoins corporels, d’être inconfortable, d’avoir le ventre plein d’eau à l’entrainement, de se lever la nuit ou d’être vulnérable au sein d’une foule… alors trop facilement (et a fortiori dans une société de rapidité et de démesure) on s’oublie, on oublie ses besoins, ses rythmes, et finalement le respect de son corps et le respect de soi-même.
Voici donc là un choix déterminant à faire, non seulement à conscientiser mais ensuite à assumer pleinement : entre notre vie trépidante et notre santé, quelle est la marche à suivre ?
Le fait est qu’à la fin, c’est toujours le corps qui gagne. C’est toujours sur les questions de santé que les plus grands de ce monde finissent eux aussi (et comme tout le monde) par se poser d’humbles questions.
Alors, ce corps – qui a toujours été d’accord d’être notre tout premier allié – autant le reconnaître vraiment comme tel, et arrêter de lui faire la guerre par omission : malgré toutes nos bonnes intentions conscientes, l’état de santé révèlera toujours la réalité de ce que l’on cultive intérieurement, que ce soit pour ou contre nous-même.
Par Isadora P. le 11 février 2026
La pubalgie – prévention
La pubalgie – prévention
Accompagner au mieux la pubalgie
9 février 2026 par Isadora P.
Douleur diffuse mais répétée dans la région de l’aine, et vous êtes un sportif qui aime bien se surpasser ? La question de la pubalgie peut se poser. Une fois que le diagnostic médical a été fait par un médecin, il peut être déterminant d’apprendre à accompagner son corps pour un rétablissement plus complet.
Causes
La pubalgie apparaît en cas de sur-sollicitation des muscles de la région pelvienne, notamment les adducteurs, le psoas, et la ceinture abdominale. S’il existe un déséquilibre entre les différents maillons de cette chaîne musculaire centrale.
Par exemple avec une ceinture abdominale insuffisante par rapport à la force de traction des adducteurs s’ils sont très développés, cela engendre une tension chronique et déséquilibrée sur les muscles abdominaux qui ne sont pas assez développés pour y répondre.
Voir : article sur les causes de la pubalgie.
Mouvements répétés en force, l’accumulation des microlésions engendre finalement une forme de tendinite.
En accord avec le traitement médical proposé, il sera donc important de continuer à accompagner son corps dans les systèmes de réparation qu’il a déjà mis en place.
Le repos
La tendinite, c’est agaçant pour le sportif, car sa guérison nécessite du repos. Cependant, accepter cette limite imposée par le corps est vraiment nécessaire si nous voulons sortir de l’ornière. Il faut prendre sur ses émotions… Comprendre qu’on a été trop exigeant, peu à l’écoute de notre corps durant l’effort, et accepter un nouveau rythme plus en accord avec nos vraies limites.
Anecdote : J’ai personnellement fait les frais d’une tendinite à l’épaule gauche en 2021, suite à un stage intensif de 15 jours en aïkido, avec une modification de pratique, notamment posturale (initiation à des katas de Wing chun). Cette tendinite a duré 6 mois, il m’a fallu travailler seulement du côté droit pendant cette période (cette rigueur étant difficile à tenir), manger davantage de protéines pour me réparer, boire beaucoup d’eau, et contenir mon enthousiasme sportif.
Le vrai repos implique un vrai lâcher-prise. Il est nécessaire de comprendre que les anciens rythmes ne conviennent plus, ou que la préparation était vraiment inadaptée.
Anti-douleur ?
Le piège…
Comme avec de nombreuses pathologies, dans le cas d’une tendinite, votre douleur vous protège. En effet, elle vous interdit de dépasser vos limites. Si par un palliatif antidouleur vous interdisez à votre corps de vous envoyer les signaux de détresse nécessaires lorsque vous dépassez les bornes, vous allez continuer à vous abîmer.
A la rigueur, faire usage d’un anti-inflammatoire comme le curcuma (en gélules), le Calendula officinalis (souci), le Ribes nigrum(cassis) en tisanes qui vont enrayer le cercle vicieux de l’inflammation par le nettoyage, cela pourra aider si et seulement si vous restez à l’écoute de vos limites réelles et du temps de convalescence incompressible avec lequel il est inutile de tricher, car ce serait à votre détriment.
Ici, il devient déterminant de comprendre réellement vos besoins pour aider votre corps non seulement à se rétablir, mais aussi à mieux vous préparer pour reprendre un rythme d’entraînement plus mesuré et consciencieux.
L’hydratation
Souvent négligée, elle est pourtant souveraine lorsqu’il s’agit de nettoyage et de guérison des tissus (voir mon article à venir : l’eau)
L’alimentation
Pour tout ce qui concerne une réparation tissulaire, vos besoins en protéines seront légèrement plus élevés qu’à l’accoutumée. Privilégiez un bon équilibre entre protéines animales et végétales, idéalement à 50%-50%.
Les fibres solubles et non solubles couplées à un bon équilibre pré/probiotique contribuent à l’équilibre de l’intestin dont la santé est déterminante pour l’absorption des nutriments qui serviront de brique de construction à votre corps. Pas de santé intestinale, pas de santé, tout-court.
Évitez un excès de vitamine C qui engendrerait un excès d’enthousiasme sportif…
La musculation consciencieuse
Pour prévenir l’apparition de nouvelles lésions, il sera nécessaire – après un rétablissement complet – de remuscler les zones faibles.
Voir : article sur la prévention de la pubalgie par la musculation.
Le sommeil et le repos réel
Réparer demande du repos. La guérison du corps s’opère durant les phases de sommeil, et les phases de fonctionnement parasympathique. Accepter de s’accorder suffisamment de repos au quotidien est une clé pour optimiser la réparation des tissus.
L’absence de stress
Souvent oublié, le stress est un facteur bloquant et aggravant. Chez les adeptes de musculation, il est bien connu que le stress empêche littéralement la formation du tissu musculaire, car l’hyperactivité mentale « dévore » les tissus. Il sera donc nécessaire de recréer un cadre de vie le plus serein possible pour permettre au corps de se réparer en profondeur.
Pour finir avec une maxime, il est tout approprié de se remémorer ici le célèbre dicton de La Fontaine :
« Patience et longueur de temps valent mieux que force ni que rage »
Le blé et le pain
Tu es un grain de blé. La Vie va t’enlever de ton pied mère qui t’a fait naître, et t’éloigner du champ que tu as toujours connu. Elle va te faire côtoyer de gré ou de force des milliers de tes semblables, et tu te verras en eux.
Tu vas voir tes frères broyés, et tu seras broyé à ton tour au Grand Moulin. On mélangera ta farine à une substance qui ne sera pas encore toi. Tu deviendras la pâte d’un pain que l’on pétrit, et que l’on pétrit encore. La Vie te laissera alors dans un coin et tu te croiras oublié. Tu fermenteras, et peut-être que tu ne le sentiras pas, mais ton goût aura changé.
La Vie te pétrira encore, et tu te croiras traité comme un malpropre. Tu ne comprendras pas pourquoi l’on t’impose tout cela. Et puis encore, la Vie te mettra au four et tu y cuiras. Tu ne reconnaîtras plus ton aspect, tu ne t’appelleras plus de la même façon. Tu oublieras peut-être même le grain de blé que tu as été jadis, car cela aura été trop difficile.
Après cela, tu seras encore déchiré, puis éparpillé aux quatre coins d’une table, celle que certains appellent un « festif banquet ». Tu seras déchiqueté et broyé encore, par douze bouches en même temps. Peut-être que tu te croiras cloué au pilori cinquante fois. Tes molécules se dissémineront et ta matière s’éparpillera dans un nouveau corps. Une fois encore, tu ne te reconnaîtras plus…
Mais enfin pour la première fois de ta vie tu verras avec des yeux, tu toucheras avec des mains, et d’autres sens encore que tu n’imaginais même pas.
De grain de blé, tu es devenu humain, accueilli par ces douze corps qui t’ont assimilé. Tu es maintenant capable de voir la vie à travers leurs yeux et leurs oreilles, tu es conscient de toi pour la première fois.
Lors, quel est ton choix ? Veux-tu continuer à t’éveiller, quitte à être broyé à nouveau, ou retourne-tu dans ton vieux champ de blé ?
Isadora P.
23 août 2020
L’esprit de gratitude en Aïkido
L’esprit de gratitude en Aïkido
S’il y a bien une chose que j’ai apprise sur le tatami c’est que l’attitude à cultiver est bien celle de savoir vraiment ce que l’on veut, tout en ne voulant rien de spécial.
C’est une attitude qui peut être cultivée bien qu’elle puisse sembler paradoxale de prime abord.
Ce serait comparable avec le fait de vouloir repousser le sol d’une salle avec mes pieds, alors que je repousse son plafond avec les mains. Ce n’est possible que si je fais une certaine taille, et il s’agit de rester à la bonne hauteur, comme Alice au pays des merveilles.
Vouloir sans vouloir. Savoir ce à quoi on aspire, sans pour autant y être attaché : sans se fermer à ce que la vie nous propose en termes de potentiels, sans se fixer sur un seul chemin alors qu’il y en a plusieurs pour parvenir au même endroit.
Cela demande un entraînement mental… émotionnel, sentimental, et aussi corporel, car cette attitude se prête à chacun de ces plans d’expression de notre être.
Cela génère une force souple et une réactivité dont la nécessité se révèle au fil de la pratique. D’une certaine manière, c’est lié à notre capacité de conscience : je veux une chose, mais je reste très à l’écoute de mon environnement, et pour que cette chose arrive, il est nécessaire de prendre en compte cet environnement et son contexte car ce que je veux naît de mon interaction avec ces conditions.
En aïkido, on parle de créer une connexion avec le partenaire pour ensuite faire évoluer la technique grâce à ce lien de communication entre les deux. C’est subtil et une réelle sensibilité est nécessaire, car pour ressentir cela il faut se tenir à l’écoute : les pieds bien posés au sol, les orteils écartés, le poids du corps posé légèrement davantage sur l’avant du pied, les genoux fléchis et souples, les hanches réactives et facilement rotatives, le tronc vertical, les coudes serrés, les épaules basses, le cou détendu (trapèzes), la tête facilement pivotante (ce qui sous-tend une mâchoire détendue), le regard partout et nulle part à la fois, et l’absence de pensée substantielle. Il s’agit de fondre dans son environnement et de faire corps avec lui, et d’embrasser ses particularités ou ses contraintes en bougeant tout autour sans foncièrement les contraindre.
« Bouger autour du point fixe » se retrouve facilement sur la technique taï-no-henko (saisie du poignet, et basculement sur le côté extérieur dans un pivot à 180°) en kihon (étude de base, statique) et en ki-no-nagaré (étude dynamique).
L’attitude de souplesse d’esprit et de corps ainsi développée permet de réagir bien plus fidèlement et plus intelligemment à ce qu’il se passe autour de soi. « Intelligemment » dans l’idée d’interaction et de réciprocité : un organisme intelligent est un organisme qui « réagit à son environnement de manière spécifique ».
Pourquoi créer une telle « communion » si nous partons du concept « art martial » avec un « adversaire » en face ?
Justement parce que l’aïkido le considère davantage comme un partenaire car sans lui, la friction qui se crée au sein de la technique dans cette attitude de force souple ne peut se révéler. Le partenaire constitue en quelques sortes un prétexte pour s’exprimer. Et moi-même je constitue aussi un prétexte pour que mon partenaire s’exprime en juste réciprocité. Ainsi, plus le niveau technique s’élabore entre les deux, moins il y a de conditions requises pour élaborer ce degré d’échange, puisque les deux se permettent alors mutuellement de travailler – dans un esprit de confiance mais sans être systématiquement conciliant, ce qui fausserait la donne.
A mesure que cette élaboration mutuelle et progressive – inévitablement inscrite dans un temps d’échange suffisamment long – se développe, les conditions jadis requises pour établir ce lien d’échange tombent les unes après les autres puisque chacun prend confiance, et l’occasion apparaît de plus en plus fréquemment pour s’explorer soi-même dans son plein potentiel d’expression – technique autant qu’humain. C’est la raison pour laquelle il est ici juste de parler d’alchimie, humainement parlant.
Il se trouve qu’en japonais, « Aï » signifie « union » en même temps que « harmonie », et aussi « amour ». Cette belle syllabe qualifie donc un état d’esprit de rassemblement, ce dont parle largement le fondateur Morihei Ueshiba qui considérait tous les aïkidokas comme appartenant à une grande famille.
Seulement, pour pouvoir utiliser pleinement cette idée et l’incarner naturellement, il est nécessaire de conceptualiser et de réaliser intérieurement cette connaissance, en cherchant en permanence à raccrocher les wagons avec ce qui manque, ce qui a été oublié, ce que je n’ai pas encore la force de voir, ce qui existe encore derrière mes œillères, ce que personne ne m’a encore appris à voir, ce que j’ai la paresse de laisser de côté sans raison, ce qui est en dehors de ma zone de confort et de mes habitudes, ce que j’ai toujours inconsciemment fui, ce qui résonne trop fortement avec un passé douloureux, ce que je crois mauvais alors que cela me dérange et me fait évoluer, et surtout, surtout, ce qui est trop beau pour être vu et reconnu en tant que vertu pure et simple.
Car cela demande une force immense de reconnaître les qualités du partenaire, de reconnaître ce que nous avons appris de lui, et de reconnaître que sans lui nous ne l’aurions sans doute jamais appris.
Force que nous pourrions sans peine qualifier de gratitude, et avec une traduction au sens large, cela rejoint encore cette même syllabe, le Aï de Aïkido.
Isadora P.
le 5 novembre 2025
Hommes et femmes en aïkido: vers une parité naturelle ?
Hommes et femmes en aïkido: vers une parité naturelle ?
Quels sont les freins à l’engagement féminin où à la fidélisation des femmes en aïkido ?
Les femmes se sentent souvent timides dans la place qu’elles pourraient occuper au sein de la pratique sans pourtant la prendre. C’est un effet culturel (issu d’une société anciennement patriarcale) mais également un effet de conséquence de ce que génère mécaniquement la pratique à main nues sur le tatami.
Je tiens ici à observer avec objectivité ce qu’il se passe en réalité, non pour dénoncer ou juger qui que ce soit, mais pour comprendre les effets psychologiques de ce qui est vécu par tous sans que cela soit suffisamment exprimé ou exploré. Je ne ferai pas non plus de raccourci réducteur, il est évident qu’il y a de la force et de la sensibilité émotionnelle chez tout le monde, homme et femme, mais je parlerai ici des tendances naturelles de chaque sexe, ses points forts, pour mieux les unir dans une complémentarité que je souhaite prospère – car il n’est pas question de vouloir changer les tendances fondamentales propres à chacun. Pour cela il est nécessaire de conscientiser tous les tenants et les aboutissants.
Bien souvent, la femme est moins musclée que l’homme, et elle est aussi plus facilement émotive. Or, il est vraiment nécessaire de reconnaître que dans la pratique à main nues et malgré la dynamique de détente intelligente qu’est censé incarner Uke et malgré son honnêteté et sa bonne volonté à incarner cette souplesse de pratique (ce qui est heureusement la tendance générale), par la force des choses il en ressort tout de même souvent que celui qui est plus musclé se sentira un peu plus à l’aise dans l’expression de sa technique. En taïjutsu…
Je tiens ici à rappeler à quel point cette différence (qui est parfois cruelle pour certaines) s’annule totalement dans la pratique aux armes, le bukiwaza. Il n’est plus alors question que de technique, de rapidité, de conscience, de distance, de précision. C’est une aubaine pour les femmes ! En effet si elles développent leur précision technique, elles ont alors tout lieu de s’exprimer avec un jo ou un bokken, pleinement, et l’homme en face change alors de regard vis à vie de celle qu’il a en face de lui. Je ne parle pas au hasard… Je pratique depuis maintenant 14 ans, et dans mon courant d’aïkido qui est d’influence Iwama, nous pratiquons 50% du temps en Bukiwaza et 50% en taïjutsu. Par leur richesse technique (le programme Iwama est ici chargé) les armes sont facilement mon terrain de prédilection, et je sens que les gens me connaissent mieux lorsqu’ils ont échangé avec moi au bokken ou au jo, car j’ai toujours l’impression d’avoir l’occasion de « me présenter » lorsque je pratique les armes, alors que la qualité de ma pratique à main nues se retrouve bien souvent biaisée par la différence de corpulence qui existe si souvent.
Je tiens donc à exprimer ici à quel point la pratique aux armes régule les rapports – et c’est aussi évidemment valable pour un couple de pratiquant homme-homme ou femme-femme avec une différence d’âge ou de corpulence – et à quel point elle est une porte ouverte pour les femmes, leur pleine expression dans la pratique et le regard que le commun peut leur porter. La femme a alors plus d’outils pour prendre confiance en elle, ce qui l’aide à être plus à l’aise émotionnellement parlant, même si elle est entourée de pratiquants qui lui cachent la lumière du jour, ce qui arrive, et qui peut faire peur même en l’absence d’échange direct de pratique. La question de confiance est en effet centrale et très utile pour la promotion de l’aïkido auprès de nouvelles pratiquantes.
La motivation est un point majeur et délicat à considérer en ce sens que les choix se font intérieurement et parfois sans qu’on s’y attende. J’ai eu l’occasion de constater le départ d’un homme qui avait quitté le dojo définitivement parce qu’il avait juste saigné du nez, qu’il avait sali le tatami en coton, et qu’il en avait eu honte. Mon professeur Patrice Le Masson a appris cela une bonne décennie plus tard, et il en est tombé des nues. Le départ des pratiquants, homme ou femmes est bien souvent dû à une émotion qui parfois n’est pas conscientisée. Le pratiquant trouvera un prétexte pour expliquer rationnellement son départ, alors que la cause réelle est bien souvent plus profonde et touche ses points sensibles. En effet la pratique met face à soi-même et tout le monde n’est pas prêt à vivre cela. Tous les professeurs ne sont pas obligatoirement formés pour prévenir ou expliquer ces fragilités internes que chaque pratiquant touche pourtant au quotidien dans sa pratique. Les complexes physiques ressurgissent, le manque de charisme, la timidité, la relation avec de nouveaux pratiquants… La pratique fait constamment sortir de sa zone de confort et nous indique constamment nos points faibles. Il faut s’accrocher… Et c’est justement ce qui développe au fil du temps cette confiance en soi, lorsque nous nous rendons capables de dépasser nos complexes, nos différences de courant de pratique, nos peurs, nos handicaps, et tout ce qui freine la pleine expression de notre individualité.
Pour ce faire, il est donc nécessaire d’explorer, d’étudier, de conscientiser et de digérer les dynamiques psychologiques qu’induisent la pratique, toutes disciplines confondues. L’aïkido est une école de la vie. Mais bien souvent le pratiquant ne se rend compte de cela qu’après quelques années de pratique. Le sens de ce que signifie la dynamique appelée Budô n’est pas souvent ce qui attire le nouveau pratiquant, mais lorsqu’on considère un pratiquant en fin de carrière, c’est bien souvent la profondeur de cette « Voie » qui lui a permis de continuer toute sa vie. Ceux qui quittent la pratique, à mon sens, sont ceux qui s’attendent à trouver en l’aïkido une pratique mécanique pour perdre du poids ou pour « faire une activité » et qui ne comprennent pas assez rapidement la richesse et la complexité de l’aïkido qui existe avant tout sur le plan humain. C’est de la psychologie pratique appliquée, c’est un art de charisme et de regard sur soi et sur le monde. C’est une recherche permanente et infinie. Comment faire entrevoir cette richesse ? C’est ici à mon sens la question majeure, et il est certain que l’aspect « social » de la pratique, dans son aspect psychoémotionnel, atteint plus facilement la femme qui fait bien souvent pruve d’une facilité naturelle pour ce domaine, de par son sens de l’empathie et de sa sensibilité. C’est la raison pour laquelle le slogan « la confiance est en moi » est selon moi vraiment bien choisi. C’est ici à mon sens un thème majeur à développer : cette dimension humaine : « au travers de ce que me révèle la pratique, qui suis-je, et qui est-ce que je veux devenir ? ».
Isadora Pointet, mai 2025
L’intégration des opposés
YIN YANG – NOIR / BLANC / ROUGE
Où la dynamique des opposés et leur intégration
(24 juillet)
En aïkido nous parlons souvent des polarités et de ce qu’elles impliquent dans les techniques (le fondateur M. Ueshiba parlait d’alchimie, aussi je ponctue ce texte des symboles « noir, blanc et rouge »), mais je vais ici parler davantage de l’état d’esprit qui génère ces polarités, pour mieux comprendre ce qu’elles induisent psychologiquement en termes de ressenti. Il se passe la même chose sur le tatami mais à une autre échelle de temps, plus large ou bien plus courte, à vous de vous approprier cette réflexion – qui en devient métaphysique, et qui m’est personnelle – avec discernement, détachement, bon sens et simplicité, car il s’agit de cela finalement, revenir à une façon d’être simple et acceptante malgré des ressentis contrastés.
En partant de ces postulats…
Rien n’est éternel par nature. Les choses continuent à exister lorsqu’elles se renouvellent en permanence. La vie est mouvement (spiralé) ; s’il n’y a pas de mouvement c’est la mort. Le mouvement est nécessaire car il induit le renouvellement permanent de la conscience qui se réinvente en chaque occasion et c’est peut-être là même son but premier.
Pour ce faire, il doit y avoir séparation du yin et du yang, ce qui induit une dynamique giratoire par un effet d’attraction-répulsion simultanés, au sein duquel
+1 = -1
(soit par analogie la création de l’atome d’hydrogène où la charge (+) du proton correspond à celle (-) de l’électron, les deux charges opposées existant en juste complémentarité)
« Un » égale « moins un », équation de l’impossible, mais c’est pourtant elle qui crée un mouvement.
À ressentir ces dynamiques profondes, je comprends qu’elles sont sous-jacentes à presque tous les domaines de la vie ; le relationnel, la pousse du végétal, l’entreprise, la santé… Par analogie, il s’agit de l’espace situé entre les dieux égyptiens Nout et Geb (le Ciel et la Terre).
La dynamique qui s’exprime entre les deux est génératrice de vie : c’est un espace qui respire dans un mouvement d’expansion-contraction régulier, comme un cœur qui bat.
CYCLICITE
Avec ses battements, le cœur humain vit physiquement selon ces cycles courts, mais il connaît également des cycles plus longs qui sont de l’ordre du ressenti et de la perception même de la vie, de son cours, de ses couleurs, à travers nos sentiments, nos émotions, et notre mental. Il existe au cours de ces cycles, le même phénomène de dilatation-contraction que dans son fonctionnement physiologique.
YANG – BLANC – PHASE EXPANSIVE
Au cours de cette phase, le champ d’influence du cœur se dilate tellement qu’il devient capable de « contenir le monde » : tout ce qui est vu ou porté à la conscience du sujet – les gens, les situations, les idées, les projets, les problèmes – tout est porté et englobé comme quelque chose d’assimilable. Rien ne semble impossible à surmonter, rien ne paraît vraiment grave en soi, ou du moins, il est facile de focaliser sur ce qui est ressourçant.
Yang
=
L’information va de l’intérieur vers l’extérieur, c’est la phase où nous sommes naturellement émissifs, rayonnants, car nous focalisons sur ce qui nous nourrit depuis l’intérieur, et sommes moins touchés par ce qu’il se passe au dehors.
Dans cette phase expansive, la peur n’exerce plus sa force avec autant d’influence, et l’amour y est plus intensément ressenti de même qu’exprimé, sans crainte ni doute, mais avec facilité et fluidité, comme une évidence qui n’a pas besoin de justification pour exister. La joie devient le régime de croisière, stable, dense, et peu de choses semblent pouvoir l’entamer.
Les actes significatifs ne sont pas vécus comme des « travaux » à « faire » car c’est la façon d’être qui prime dans ce qui est vécu. On se souvient des moments légers, de connectivité aux autres, mais ce qui a pu être accompli concrètement n’a pas vraiment d’importance ou n’a pas été « fait exprès ». L’action est facile donc on ne focalise pas dessus.
Au cours de cette phase, on supporte aisément le vide, le silence et la solitude car la plénitude rayonne et on génère « le plein ». D’une certaine manière il y a satisfaction permanente ; c’est très nourrissant mais cela n’appelle pas au mouvement mais plutôt au repos, à l’immobilité contemplative, car rien ne semble avoir besoin d’être changé et tout semble à sa place. Répétée jusqu’à saturation, l’excès de cette phase devient alors stagnation, immobilisme, blocage. Émotionnellement, cela devient de la suffisance, de l’orgueil, de la paresse. Elle engendre coagulation, accumulation, toxicité.
« Le Noir est dans le Blanc »
Lorsque tous les aspects de la première phase ont été pleinement ressentis et conscientisés, jusqu’à une certaine forme de saturation, il se produit alors le dépassement du point de non-retour qui nous fait vivre un phénomène de basculement intérieur, une nouvelle approche, un changement de regard, et cela correspond à la phase de contraction qui est libératrice.
YIN – NOIR – PHASE DE CONTRACTION
C’est comme une contraction lors d’un accouchement : c’est le coup de tonnerre nécessaire, celui que tout le monde attend sans trop se l’avouer lorsque tout semble « si bien » mais qu’en réalité la situation est devenue figée, linéaire et fausse. Le début de cette phase correspond au révolutionnaire qui casse la baraque en disant « Ça suffit ! » et bien que souvent dérangeant, son message est pourtant empreint d’une vérité limpide, brutale, neuve et pure.
Au sein de cette contraction – qui donne l’impression dans l’extrême que le monde entier se contracte autour de ce cœur devenu comme un trou noir qui fait tout disparaître, ce qui nous donne envie de nous recroqueviller vers l’avant – il se produit l’inverse de la première phase : tout semble dramatique, terne, jamais comme il faut, tout y est tellement « améliorable » que cela appelle sans cesse le renouvellement, l’élagage, le coup de balai devenu nécessaire. Nous ressentons le vide en permanence, et nous le générons également. On trie, on jette, on brûle, on nettoie, on agit, on refuse, on lutte, on milite, on fait bouger les choses pour changer le monde car franchement, c’est un scandale… Et reconnaissons que c’est aussi dans ces moments que les choses changent peu à peu. Reconnaissons également à quel point cela ne semble jamais assez rapide ni suffisant.
Yin
=
l’information vient de l’extérieur vers l’intérieur, donc nous prêtons attention sur le monde et tout ce qui est à l’extérieur de nous-même
En projetant notre attention à l’extérieur, nous focalisons facilement sur ce qui est à faire, la liste de « choses à faire » devient angoissante, et nous nous souvenons de l’effort fourni au sein de ce qui devient une lutte permanente en termes d’action. (Avouons qu’il y a parfois une gloire secrète dans la « souffrance utile » qu’on y ressent… mais ce détail si insignifiant, l’ego ne l’admettra sans doute pas, tant il est insignifiant )
Et cela finit par devenir terriblement frustrant de porter ce regard sur le monde – qui ne semble jamais qu’à moitié terminé, voire même pas à moitié commencé – alors on se laisse aller à l’anxiété d’un meilleur lendemain qui pourtant ne semble jamais venir, jusqu’à parfois perdre tout espoir… il y a un sentiment d’inaccessibilité, d’échec permanent, de rupture sans solution alternative. Et l’excès de cette phase s’exprime alors en aigreur, en projection de peine sur les autres, en agressivité. On se dit « à quoi bon ? » … Mais ce n’est là qu’un vaillant appel à l’énergie complémentaire, celle de l’apaisement, du simple contentement de ce qui est en vérité déjà accessible, et du sentiment de fluidité et de facilité qui en découle : c’est le deuxième point de bascule qu’on appelle remarquablement « lâcher-prise » : car disons-nous bien que si cet appel à l’autre dynamique existe, c’est bien parce que cette autre énergie grandit secrètement à l’intérieur, comme un germe en devenir.
« Le Blanc est dans le Noir »
Vient alors la caresse – inattendue et donc souvent incomprise – de la nouvelle phase d’expansion qui redevient libératrice à son tour. Et le cycle recommence – mais sur la spire de vie suivante, dans une autre situation, avec une conjugaison différente des mêmes ressentis.
En résumé…
Le chemin rouge, ou l’INTEGRATION DES OPPOSES
La libération est ainsi renouvelée, une fois par le Noir déclencheur qui appelle au renouveau, une fois par le Blanc apaisant qui appelle à la réjouissance simple. L’un révèle la qualité de l’autre par son effet de contraste – contraste contre lequel il n’y a plus aucune de raison de lutter.
Se produit alors le dépassement de la dualité qui se fait par l’intégration des polarités : l’alternance des deux dynamiques est reconnue comme nécessaire, et on comprend qu’il n’y a plus à être en guerre avec ce qui n’est qu’une simple cyclicité.
C’est de là que vient la Paix.
Car elle correspond à la conscience que tout est déjà « en place » et qu’il n’y a pas à désirer d’issue définitive, mais qu’il est plutôt nécessaire de reconnaître à quel point tout se complémente déjà dans une juste mesure, précise, paramétrée selon nos capacités, et à bien y regarder, savamment orchestrée.
La vraie liberté découle de notre capacité à passer consciemment d’un état d’esprit à l’autre avec la fluidité nécessaire, parfois d’un mois à l’autre, parfois plusieurs fois au cours de la même journée, de la même heure, ou de la même phrase en quelques secondes.
Se permettre de ressentir – car il s’agit bien de se le permettre, comme une autorisation à se donner – se permettre de ressentir pleinement ces deux phases sans lutter contre, juste en se disant « ce jour/cette année/ce moment est noir » ou « il est blanc » sans chercher à changer sa couleur mais plutôt en l’utilisant pleinement pour y faire où être tout ce qu’il est possible de faire ou d’être, voilà une des clefs de vie nécessaire au bonheur : arrêter de lutter contre ce qui n’est autre que « la météo » de notre âme.
S’il pleut, tu seras mouillé. S’il fait soleil, tu vas bronzer. Car la météo va modifier ton aspect ainsi que la manière dont les gens te voient. Les événements et les phases de la vie vont te changer. Les gens vont te transformer. La vie entière va passer à travers toi, et si tu l’acceptes, alors tu deviendras capable de te reconnaître en chacun, en toute chose, noir et blanc, comme une facette de toi-même qui s’exprime de temps en temps de la même manière, mais avec périodicité, car l’identité fondamentale est ce qui englobe tout cela à la fois.
Par Isadora P. le 24 juillet 2025
Merci de respecter l’essence de ce texte en citant son autrice ainsi que le site de référence.
Se concentrer sur sa route (focus on the road)