Construction individuelle – Articles et réflexions sur le Budō

Confiance en soi - Isadora Pointet

La confiance en soi #3 : Les ajustements

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Au fil de la construction intérieure que nous menons grâce à la pratique, tôt ou tard la confiance en soi génère inévitablement une forme de rayonnement. Il devient alors important de rester vigilant sur ce qui est généré, sur la façon dont les gens captent ce rayonnement, et le cas échéant, pourquoi le recherchent-ils. En effet, la croissance intérieure n’est pas dénuée de responsabilités. Nous sommes responsables de ce que nous générons autour de nous. Nous sommes tout aussi responsables de ce que nous laissons germer autour de nous. En effet, l’exigence monte à mesure de la maturité du parcours…

Permettre à l’autre de se construire

Plus le rôle du pratiquant évolue vers la position de référent, plus apparaît la nécessité de se rendre suffisamment consciencieux pour se sentir responsable de ce qui germe également dans son dos et derrière ses œillères… Le but étant de tout faire pour se rendre compte à quel point elles sont encore présentes, pour ensuite savoir régler leur degré d’ouverture.

A ce niveau plus avancé, le courage implique alors de promouvoir la confiance en eux des gens autour de vous avant de chercher à vous sécuriser vous-même. Il s’agit alors de prendre un risque. Car il devient visible que vous agissez pour redonner leur souveraineté aux gens, leur pouvoir, leurs responsabilités, tout en exposant de ce fait la vôtre. Un professeur qui sait se réjouir lorsqu’il chute parce que la technique de son élève devient efficace, aura dûment rempli son rôle de transmetteur.

Inviter au recul

A ce degré ou l’élève devient suffisamment autonome pour évoluer par lui-même, la tradition japonaise demande de faire comprendre à l’élève qu’il est l’heure de partir du dojo, ou de donner ses propres cours pour commencer à évoluer par lui-même (c’est la suite logique de l’autonomie déjà évoquée).

Il ne s’agit pas d’un abandon, bien au contraire. Il s’agit d’un recul nécessaire pour que l’élève commence la démarche de construction individuelle (individuation de Jung) dont il a été question dans la partie #2 de cet article.

Cela n’a rien à voir avec le fait de briser tout contact pédagogique. Certes, un recul nécessaire s’établit, mais le lien de complicité n’a aucune raison de se briser : au contraire, c’est là que potentiellement l’échange réel commence, par le développement progressif d’une dynamique de plus en plus égalitaire.

Car on n’entend que celui dont on pense être vraiment compris : pour cela il faut avoir suffisamment éprouvé chacun des deux rôles.

C’est alors au maître de s’identifier à ce qu’il a su transmettre à son élève : s’il a bien fait son œuvre, il a tout pour être serein et fier des deux.

Culturellement

Il est malheureusement nécessaire de briser un tabou gênant en ce qui concerne « l’excès de confiance » en soi – en réalité il ne s’agit pas d’un excès, car plus il y a de confiance, plus l’harmonie existe. Mais un excès de « persona », une fierté qui se base uniquement sur l’ego personnel et non sur le plan de l’intelligence commune, crée des dérives. Il devient alors nécessaire d’en discuter pour les conscientiser.

Remarquablement, deux mentalités se confrontent en permanence dans le monde de l’aïkido.

La mentalité Orientale

Basée sur une conscience collective elle part du principe que l’autre en face de moi a de bonnes raisons de faire quelque chose, même si je ne comprends pas tout de suite pourquoi. Cela induit un comportement de considération sincère de ce qu’est l’autre et de son message. C’est l’humilité à l’état pur, un état de réceptivité qui correspond à la dynamique du « yin ».

Règles et étiquette pour la pratique de l'aïkido

 

La mentalité Occidentale

Elle est inverse et se base sur l’individu, le libre-arbitre et la liberté. On part du principe que l’opinion de l’individu compte davantage dans la balance. C’est donc un état d’esprit « Yang » par excellence. La conséquence directe est que l’occidental remet plus facilement en question celui qu’il a en face. De ce fait, il aiguise donc son discernement, et son sens de la responsabilité.

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Côtoyer les deux, quelle aubaine !

Au lieu de créer un choc des cultures, ce qui au-delà « d’inventer inutilement un problème à l’eau parce qu’elle est mouillée », serait une profonde incompréhension des affinités réelles qui existent entre les cultures japonaises et françaises (qui se basent sur la sensibilité et l’intelligence du cœur) ; au contraire, utilisons la complémentarité de ces mentalités pour les alchimiser.

En apprenant à maîtriser les deux, nous nous rendons plus libres, conscients et adaptables.

Cependant, si nous « subissons » un enseignement sans prendre en compte qui parle à qui (oriental ou occidental) on se perd. Un oriental trouve tellement évident certains aspects qui lui sont culturels (comme le fait de ne jamais remettre en question le professeur lors de son cours) qu’il va être terriblement vexé si cette situation arrive, alors qu’un occidental pensera (sans l’avouer) « ah, un collègue… ».

Adaptation du discours

Et donc on ne peut pas enseigner l’aïkido exactement de la même manière d’une population à l’autre, car la tradition pyramidale d’une culture qui est prospère en son pays, devient une dérive dans un pays trop habitué à la démocratie et l’égalitarisme.

Il n’est pas acceptable, en France et au XXIe siècle, d’entendre un ancien débutant en aïkido dire « je suis parti(e) parce qu’on m’a interdit de poser des questions » (témoignage véridique, recueilli en 2025). Oui à l’étiquette japonaise intelligemment appliquée sur le tatami, non aux abus de pouvoir qu’elle induit à une population qui ne la comprend pas. Discuter en touriste sur le tatami est en effet dangereux martialement parlant, mais de là à interdire toute question, il y a un lien pédagogique nécessaire inutilement brisé quelque part.

Emprise

Ainsi il existe encore des dérives pédagogiques ou certains professeurs en France utilisent indument le système pyramidal pour se développer, et ceci engendre encore trop facilement en notre pays et époque un visible phénomène d’emprise, d’idolâtrerie ou de transfert affectif, et ces dérivent doivent alors être dénoncées. Qu’on se serve de la pratique pour se construire, oui. Qu’on en vienne à dire « c’est mon père spirituel et je lui dois tout », non.

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Vous vous devez tout à vous-même, puisque vous avez fait vos propres choix de vie par vous-même (Oui ?).

Le professeur également a fait son choix d’enseigner par lui-même. Tout le monde s’est mis d’accord pour évoluer ensembles, les uns avec les autres, mais personne n’est en dette de personne. Chacun reste pleinement responsable de son parcours et continue à faire ses choix de vie selon son discernement propre.

Cela n’empêche pas la complicité qu’il développe avec les autres, ou même une gratitude intense, bien au contraire ! Cela soulage les relations, justement, puisque chacun se sent capable par lui-même, responsable, vigilant et impliqué.

C’est encore cela, l’autonomie du Budoka.

Idolâtrerie

Cela rejoint ce qui précède, mais j’ajoute ici des précisions et les moyens de se sortir des ornières du phénomène d’emprise par la diversité.

C’est comme avec l’alimentation, la diversité crée la richesse.

Je ne parle pas ici d’éparpillement, et je valorise et applique la loyauté en tant que valeur éthique : loin d’être une prison elle est une permission mutuelle accordée avec joie. Un retour vers des racines qui ont su rester vivantes et prospères. La ferveur est tout aussi précieuse, tant qu’elle ne grignote pas la lucidité.

Comment différencier la loyauté de l’emprise ?

La question a déjà été évoquée : qu’est-ce qui vous motive :

La joie ou la peur ?

Ici, il me paraît important que chacun se pose honnêtement la question sur ce que les élèves s’empêchent de dire ou d’être, par peur et à cause du phénomène d’emprise qu’ils peuvent parfois subir sans vraiment s’en rendre compte.

Ceci car une emprise subie par le passé génère un comportement d’oppresseur ou de lutte de pouvoir. N’avez-vous jamais été pressant auprès de quelqu’un outre mesure ? Honnêtement, c’est ce qu’il se passe dès qu’il y a excès émotionnel inconsciemment projeté sur l’autre… Il est très difficile de se rendre compte de l’influence qu’on a sur les autres, vu qu’on n’est pas là pour les voir évoluer en notre absence, a fortiori si par fausse modestie vous sous-estimez la force que votre présence possède déjà.

Humilité sincère

Quiconque oublie de se poser régulièrement la question de l’emprise pour lui-même (avec l’humilité que cela nécessite) risque de la générer. C’est un phénomène réel et bien plus fréquent qu’on ne le pense. Il suffit parfois de décrocher un diplôme, un statut ou un grade pour avoir le melon…

Mais si vous craignez déjà de tomber dans cet engrenage ou de l’imposer sans le vouloir, c’est que votre démarche a déjà commencé à être saine. A l’inverse, si vous vous dites « évidemment, jamais je ne risquerai de tomber là-dedans ! » alors des questions sont à se poser sur ce qu’est une certitude aveuglante, le phénomène de déni qui s’y cache, et le mensonge qu’on vient à se faire à soi-même en fuyant l’inconfort psychique de soulever ses œillères. L’emprise est une question gênante pour tous, évidemment. Douloureuse, mais nécessaire. Il vaut mieux se la poser trop souvent que de générer aveuglément un phénomène sectaire.

Souveraineté

En tant que budoka, vous avez déjà conscience de la nécessité de rester souverain dans votre pratique, et vous cherchez donc à reprendre les choses en main.

Pour contourner le risque de fanatisme ou de faire de quelqu’un qui est important pour vous une idole démesurément influente, il s’agit de multiplier vos sphères d’influence. Et le cas échéant, d’encourager vos élèves à en avoir plusieurs également. Ou du moins, de reconnaître à quel point elles sont déjà très nombreuses.

La souveraineté individuelle se développe dans la multiplicité, soit dans le sentiment d’abondance de choix qui s’offrent à nous.

Cela rejoint l’idée de conscientiser vos racines fondamentales, mais selon une autre optique. Vous reprenez votre pouvoir à mesure que vous multipliez les sphères d’influence.

Premier stade

Il existe une belle image pour illustrer cette façon de penser dans la fleur de vie. En imaginant que chaque individu est un cercle, « je » me positionne comme le cercle rouge ci-dessous.

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Chaque individu qui se situe autour de moi a sa propre technique, enseignement, façon d’évoluer. Il constitue un cercle bleu-ciel (notons en a parte que chaque cercle a la même taille). La zone d’interaction entre lui et moi se trouve être la partie colorée en vert et représente notre interface d’échange. Il s’agit d’un moment ou d’une occasion où les deux partenaires se regardent évoluer l’un l’autre.

Les espaces d’interaction se multiplient à mesure que je côtoie plusieurs champs d’influence.

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La zone centrale en jaune est assimilable à ce qui est connu de l’ego.

Plus je laisse d’influence à l’autre en face, plus je l’écoute et le considère, plus je le laisse côtoyer mes fondements. Son cercle se rapproche alors de mon centre.

Se rapprocher du centre

Je ne peux pas laisser toucher ce centre que par des personnes d’une confiance absolue qui m’auront montré qu’ils peuvent respecter ma sécurité intrinsèque. Il peut s’agir d’une influence humaine, mais pas forcément. Au-delà de l’humain, c’est plutôt un principe : un héros, un livre, une musique qui vous met dans un certain état de conscience, une source d’inspiration secrète, une aspiration profonde, un désir de renouveau, un projet de vie…

Cela rejoint « le rêve » du début, et ce « jardin secret » constitue une base structurante qui peut être évolutive, mais qui appartient toujours à l’individu qui la cultive comme socle identitaire.

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Foncièrement, il s’agit d’influences plus théoriques que pratique. Prenons pour exemple : « J’aimerais avoir un sabre laser ! »

En parallèle, j’apprends l’art du sabre mais ce n’est pas exactement pareil car un laser n’a pas d’inertie. Cependant, la pratique au sabre me permet de côtoyer mon « cercle-orange-sabre-laser ».

Entre la théorie et la pratique la mayonnaise doit pouvoir prendre…

Préserver pour cultiver

Si je vous communique cet exemple pour cet article, c’est parce que je ne m’y identifie pas. Je ne vais pas partager avec des foules entières mes « cercles oranges » qui me sont bien trop précieux : pardon… mais tout au plus je les partage avec des gens qui me sont vraiment proches. Et ces gens m’auront montré au préalable leur capacité d’entrevoir le contexte général de ma vie sans me condamner à la hâte. C’est comme une boîte à sucre qui sert à l’enfant de boîte à trésor : offrir à tous le loisir d’avoir un avis sur ce qu’elle contient, ce serait comme ouvrir l’intérieur de son corps aux intempéries.

Dans le mille

Lorsque je deviens conscient.e de l’influence structurante de mes sources d’inspirations intimes (cercles oranges) et lorsque je me place par rapport à elles, je comprends que je ne suis pas « le cercle rouge »…

mais bien le point central qui génère le cercle rouge.

Purement ou symboliquement, il s’agit du cœur, « Shin ». Cette prise de conscience me permet alors de devenir sécure par rapport au fait que d’autres cercles d’influence pénètrent mon espace jaune du début, puisque ce point central ne fait qu’être effleuré, et qu’il reste en place.

De ce fait, à l’inverse d’une armure (exosquelette, conscience de l’insecte), la structure cohésive devient alors interne, comme une colonne vertébrale (conscience du vertébré). Ainsi, la surface de mon être devient souple, adaptable, et capable de réagir plus agilement à partir de ma structure interne. Comme cette base-source est intérieure, elle m’appartient et… à moins que je ne partage la même colonne vertébrale que quelqu’un d’autre – question existentielle assez rare – je ne peux jamais la perdre, cette structure identitaire, et donc cette confiance qui en découle.

… et le schéma ressemble alors bien plus à cela :

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Dès lors qu’il n’y a plus de lignes, il y a soudain beaucoup plus d’espace et de liberté de mouvement !

Cerveau droit/gauche

Dans la partie #1 de cet article, j’ai brièvement évoqué l’utilisation du cerveau droit et gauche par rapport au rythme pédagogique structurant ou libérateur qui nous appelle.

Dans la perspective des analogies avec la fleur de vie, le schéma avec les zones verte et jaune de la fleur de vie correspond à l’approche structurante d’une discipline rigoureuse et linéaire, et donc au cerveau gauche.

La deuxième optique avec les cercles orange considère beaucoup moins la notion de limite, puisqu’en réalité elle focalise sur l’existence d’un point et d’une zone d’influence devenue souple. Elle correspond à l’approche synthétique du cerveau droit.

En tant que budoka, comme évoqué tout à l’heure pour l’approche à travers la culture orientale ou occidentale, il nous faut pouvoir évoluer à travers l’une ou l’autre des deux optiques selon notre choix par rapport à la situation qui se présente. Soit j’aurai besoin d’un exosquelette-ego-armure protecteur qui s’exprime avec mesure, soit j’évoluerai à partir du plan du cœur et de sa structure interne qui s’exprime avec spontanéité.

Les deux doivent pouvoir être rapidement accessibles. Il est même possible d’avoir besoin de passer de l’un à l’autre entre le début et la fin d’une même phrase.

Confiance en soi - cerveau droit et gauche

Unification

Pour que cela puisse se faire, il devient nécessaire de développer la zone de communication entre vos hémisphères cérébraux droit et gauche. Il se trouve qu’un des huit exercices de méditation cités dans ce livre (mais pour une meilleure approche, je vous invite à lire celui-ci avant) rejoint une technique oculaire que pratiquaient les samouraïs sur les champs de bataille. Mais ce n’est là qu’un pont hardiment jeté entre les époques et les cultures. Et je vous laisse le soin d’en faire vos propres recherches en le domaine des perceptions fines que le corps humain devient alors capable de développer grâce à des conditions de rigueur et de discipline évoquées au début.

Les œillères

En porter n’est pas fondamentalement mauvais, puisque cela consiste à fonctionner sur le mode « focalisation » du cerveau gauche, linéaire, yang, et cette capacité de concentration est précieuse. Cela devient gênant lorsqu’on n’arrive plus  à changer de fonctionnement. C’est comme un muscle contracté : cela devient un problème lorsqu’on n’arrive plus à le détendre.

Oublier de se détendre, c’est courant… autant musculairement parlant que mentalement.

Donc se détendre, c’est respirer, défocaliser et ouvrir son regard. Et une chose précieuse qu’on puisse trouver dans cette dynamique devenue « Yin », c’est apprendre à considérer l’inattendu comme quelque chose de valable : l’inspiration…

L’inspiration : un oiseau en plein volConfiance en soi - Isadora Pointet

Voilà la porte ouverte à la créativité, et tout un nouveau monde de talents potentiels à explorer ou une nouvelle vie commence encore une fois. Et nous voilà revenus au début de l’article #1, ou même du #2 et c’est fait exprès : )

Car ce triple article n’est pas linéaire, mais circulaire ou même arborescent. C’est pour vous faire côtoyer la douce folie créative à cultiver autant qu’à canaliser : celle de LA JOIE.

A partir du moment où vous approchez régulièrement votre centre fondamental, et que vous parvenez à rester en joie (par la cohérence que vous créez entre votre centre et votre vie) les problèmes du monde vous dérangent de manière beaucoup moins fondamentale.

Le monde a cessé d’être votre monocycle à roue crevée, et il devient comme un tableau que vous trouveriez plus ou moins joli, sachant que vous avez tout autant la capacité d’apprécier le musée qui le contient, vos chaussures à vos pieds, et bien d’autres choses encore.

Tout est dit au début

Confiance en soiA cinq ans, je percevais mon prénom comme « circulaire » et j’étais scandalisée qu’il puisse « s’arrêter ». Alors je mettais une flèche pour le faire « recommencer » au début. Je refusais de mettre une majuscule, car j’avais la profonde conviction que « I » n’était pas véritablement le début, et « A » n’était pas non plus la fin, vu que tout « recommençait ». Il se trouve que c’est un principe dynamisant, comme l’est un vortex ou même un accélérateur de particules.

Vous aussi, à cinq ans vous connaissiez déjà tout ce qui est important pour vous.

Il s’agit simplement de le retrouver. C’est en vous, précieusement à l’abri de tout mans-que d’égard. Vous ne retrouverez l’occasion de côtoyer vos trésors intérieurs que lorsque vous aurez appris à les respecter, soit en les considérant avec la même force de conviction pure que celle des petits enfants.

 

Par Isadora P.,le 8 mars 2026

Samouraï - Confiance en soi

La confiance en soi #2 : Identification

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Pour résumer la première partie en deux mots, commencer à cultiver sa confiance en soi, c’est savoir ce qu’on veut (objectifs, où on va) et qui on est.

Qui suis-je ? Vaste question.

Entamons-là plus superficiellement par : « D’où je viens ? »

Le premier enseignement

Ce qui me permet de surpasser l’épreuve citée dans la partie #1 de cet article, ne peut être issu que d’un enseignement sûr. C’est à dire qu’il aura su me faire répéter cent fois le même mouvement, et de cent manières différentes, chacune dûment étudiées, pour me faire comprendre le mouvement en profondeur, dans toutes ses conditions et ses ramifications, dans sa construction autant que dans on essence.

Et tout ceci avec vingt, cinquante, cent techniques différentes. Peu importe le nombre, en réalité, puisque l’élève qui les connaît aussi intimement saura alors les retrouver ou les recréer de lui-même.

Sans l’assise qui prend racine dans ce type de profondeur, par l’expérience, la confiance ne sera que superficielle et tombera au premier coup de vent.

La confiance en soi a rapport avec l’identité qu’on se construit à travers la profondeur de l’étude.

Le courage naturalisé

Dans la partie #1 de cet article, j’ai parlé des gens talentueux qui abandonnent plus souvent parce qu’en raison de leur domaine d’excellence, ils ont perdu l’habitude de pouvoir rester à l’aise avec le fait de patauger. Pourtant nous le faisions tous étant bébé, et cela ne ternissait aucune motivation. Il s’agit donc de pouvoir retrouver cet état.

Samouraï - Confiance en soi

La symbiose intérieure : notre « soi » d’excellence trouve la patience de laisser s’exprimer notre « soi » inexpérimenté

Ce qui me fait me fait accepter le risque de « patauger » dans un nouveau domaine, c’est l’identification que j’ai vis-à-vis d’un autre terrain d’excellence. Si je suis peut-être bon.ne en musique, un père attentionné, une poétesse, un ancien chef d’entreprise : si je sais en quoi je suis excellent.e, je vais oser explorer plus de choses car j’ai déjà une sécurité fondamentale par ce premier domaine d’identification. Plus j’aurai de domaines de sécurité intérieure, c’est-à-dire plus je saurai les reconnaître en moi (en m’étant scanné.e à la loupe) plus mon courage d’aller vers des nouveautés sera naturel et spontané.

Mais on ne peut pas être bon partout… il ne s’agit pas de s’éparpiller, mais au contraire de se rassembler. C’est-à-dire de constater honnêtement ce qui est déjà là. Ce qui a toujours été là, au fond de nous-même.

Les racines

Confiance en soi - Ancrage - Isadora PointetVers quel domaine vous vous dirigiez naturellement en étant enfant, adolescent.e ? L’art, les maths, le sport, l’océan, les animaux, le skate, les étoiles ? Les dessins animés…

Les insectes ? La pétanque ? La pêche…

Il est inutile de se condamner pour quelconque aspiration si cette dernière vous semble vraie. Au contraire, elle vous connectera à vos racines. Vous jugerez bon de la développer à nouveau ou non, mais savoir qu’elle a été importante pour vous constitue bien souvent un repère suffisant. Il suffit de la garder en sécurité en soi, c’est-à-dire en avoir simplement conscience.

C’est une partie de vous, et personne ne pourra jamais vous la voler, si vous savez la préserver en votre fort intérieur.

Plonger en soi pour conscientiser

Plus vous développez vos racines en conscientisant vos domaines d’identification actuels ou passés, plus vous devenez conscient de votre solidité. Conscientiser, c’est solidifier, cristalliser, ancrer, sceller. Comme un pacte avec soi-même. « C’est vrai, je suis comme ça. Oui, j’aimais tellement jouer à ceci, ou cela ! C’est vrai qu’à l’école on disait toujours « lui, elle, de toute façon on sait qu’on va le trouver dans tel endroit, il y est tout le temps. »

Femme samouraï - Confiance en soi

 

Si vous savez qui vous êtes, vous ne croirez plus aussi facilement ce que l’on peut dire de vous. Vous aurez aussi moins peur de ce qu’on pense de vous.

Il s’agit de ne plus permettre à n’importe qui de donner son avis s’il est intempestif. En ne le considérant tout simplement pas… Alors vous ne permettrez plus qu’à certains individus de rentrer dans votre sphère d’influence. Et ces gens vous les aurez choisis parce qu’ils vous inspirent. Parce qu’ils réveillent en vous des zones qui vous font respirer, qui font revivre des envies qui se sont trouvées étouffées ou endormies par le passé.

 

Autonomie

Samouraï - Confiance en soi

A mesure que je sais mieux d’où je viens, que je sais chercher qui je suis par moi-même, et me sécuriser avec autonomie et régularité dans cette recherche permanente, j’ai de moins en moins besoin de démontrer quoi que ce soit dans le domaine précis qui devient alors progressivement mon domaine de force, voire d’excellence, puisque j’ai alors l’occasion de le pétrir en moi par moi-même en permanence et en toute occasion (il est ici appréciable d’apprendre l’utilité d’un labyrinthe) en sachant me libérer progressivement de toute condition (c’est ici le principe même de la martialité).

Je peux toujours être en démonstration, bien sûr, mais ce ne sera plus un besoin identitaire en attente d’approbation, ce sera devenu simplement récréatif.

A ce stade il n’existe donc plus de désir de prouver en ce domaine ma valeur à qui que ce soit, et donc je peux exister dans ma force tranquille et dans mon talent avec naturel et sérénité, au lieu de me débattre avec trop d’attente vis-à-vis d’une approbation extérieure. Plus j’évolue dans le parcours, plus l’approbation extérieure doit venir d’un référentiel haut placé, nécessairement. Elle est donc plus rare, mais en parallèle je l’attends de moins en moins.

Paradoxalement…

Femme samouraï - Confiance en soi

Le type d’enseignement qui permet l’éclosion de ce genre de confiance profonde est dynamique, mobile, et donc par définition… incertain.

Le professeur qui délivre un tel enseignement sait doser selon le temps ou la situation, le juste degré de compliment ou de correction. S’il y a trop de compliment, l’élève s’assoit trop vite sur ses acquis. S’il y a trop de correction, l’élève ne prend jamais assez conscience de sa solidité.

Mais au-delà de tout ce qu’il pourra dire à l’élève, la meilleure pédagogie reste celle de l’exemple : un professeur qui étudie toujours et sait évoluer seul par un entraînement personnel, c’est rare, et précieux.

Rappel : dans le livre de D. Furutani, le guerrier sait s’entraîner tout seul malgré l’absence de son personnage influent, et c’est un exemple de résilience. Citons également « La pierre et le sabre« , épopée initiatique (deux tomes) qui retrace l’histoire de l’incomparable Miyamoto Musashi (créateur de l’école des deux sabres) qui part à la rencontre son destin.

Synergie, réciprocité

Le professeur possède alors beaucoup plus de cartes en main pour évoluer avec l’élève, et même par lui. Il cherche aussi, il est mis au défi, il se sent parfois piégé par les progrès de l’élève qui évolue parfois différemment de ce qu’il aurait attendu, et cela le fait se remettre en question.

Et la confiance en soi est alors sur la tangente entre celle du maître et celle de l’élève

Parfois il y a friction, parfois c’est véritablement difficile. Et pourtant ce cheminement plus ou moins visible est inspirant.

Attention, chacun reste très conscient de son statut, et personne ne profite ni de sa position de « force », ni de sa position de « faiblesse ». En réalité, ces dynamiques de force et de faiblesse passent sans cesse de l’un à l’autre.

De là naît une saine synergie entre « le maître et l’apprenti », et c’est une recherche commune de l’un par l’autre. La hiérarchie des rôles n’est en effet qu’un leurre éternel. Il y a seulement deux élèves qui apprennent ensemble. Selon une autre optique, il est vrai de dire que les deux sont également « le maître ». Et chacun s’exprime différemment de l’autre dans son rôle. Chacun apprend constamment de l’autre, d’autant que la situation réinvente la synergie en permanence.

À mesure que chacun saura rester honnête dans son étude autant que permissif pour la bonne compréhension de l’autre, la synergie existera dans une saine prospérité.

S’il y en a un qui commence à tricher et à briser l’échange en profitant de l’autre, par sa mauvaise foi, en se victimisant, ou par un manque de confiance en l’autre, une lutte de pouvoir apparaît alors et la relation pédagogique disparaît.

La pédagogie est honnête et réciproque ou elle n’est pas.

Solidité égale renouvellement, renouvellement égale solidité

Autre question majeure :

A quel professeur.e est-ce que j’accorde ma confiance pour développer tout ceci avec moi ?

Un professeur qui nous semble techniquement solide, bien sûr. Non qu’il doive être parfait ou avoir réponse à tout, loin s’en faut. Il doit savoir au contraire se remettre suffisamment en question, parfois profondément, il se laissera mettre à nu par la pratique et saura travailler sur ses failles, et ceci avant tout par honnêteté, et par dévouement sincère pour l’art qu’il a choisi.

La confiance en soi ?

Celle-ci mise à côté de la valeur des fondements identitaires précités, à côté de cette façon de se construire et de permettre à l’autre une autonomie de construction, une résilience de moins en moins conditionnelle, cette confiance m’apparaît bien plutôt comme une conséquence, une décoration de Noël. Ça fait plaisir, ça brille.

Mais l’enjeu réel est bien plus profond, et la question bien plus gênante :

Comment est-ce que je me construis en concordance avec cette identité, et quels moyens je m’accorde pour cette construction intérieure ?

Femme samouraï - Confiance en soi

A suivre…

Isadora P., le 4 mars 2026

 

Samouraï - Confiance en soi

La confiance en soi #1 : Volonté

Lire la partie :  #1 – Volonté   #2 – Identification   #3 – Ajustements

En tant que pratiquante relativement jeune et avec une sensibilité aiguisée, à fortiori en tant que femme dans cette époque encore bien patriarcale, il me semble vraiment important de développer le thème de la confiance en soi  qui est devenu un sujet phare en aïkido. S’il est devenu un slogan fédéral, c’est bien parce qu’il représente un enjeu psychoémotionnel qui correspond à une demande qu’on a encore besoin de creuser. Il est aussi un des axes de la préparation mentale. Ce sujet soulève non seulement des questions motivationnelles, mais révèle surtout des questions identitaires qui engagent progressivement vers la notion de responsabilité.

Introduction

La confiance en soi éclot petit à petit comme une fleur délicate par une action méticuleuse et répétée, et par la reconnaissance que l’on vient ensuite à s’accorder pour les progrès qui découlent de notre action. Celui qui sait être suffisamment méticuleux et répétitif dans sa pratique, et qui arrive ensuite à reconnaître ses progrès, sait prendre confiance en lui.

En effet, c’est au sein d’une pratique à la fois mesurée et régulière que démarre peu à peu une dynamique nouvelle, un champ d’exploration encore vierge, d’autres perspectives, un nouveau spectre de possibilités.

Tout commence par un rêve…

Possédez-vous un objectif phare un peu secret, un idéal rêvé à la Georges Lucas, du genre « je veux devenir un jedi »?

Consciemment ou non, c’est souvent cela qui nous porte et nous donne envie de grimper sur le tatami pour la première fois… ou toutes les fois suivantes.

Je vous en prie, ne laissez jamais quiconque briser votre rêve d’enfant par cynisme, même si son discours est à la mode. Car si vous savez bien utiliser cet objectif secret, il sera puissamment au service de la confiance et de l’estime que vous cultivez pour vous. On a tous (ou on a tous eu) un rêve secret ou des aspirations à un idéal, et à l’origine c’est véritablement porteur autant que précieux.

Objectifs justes, progressivité

Cependant, cet idéal ne doit pas se retrouver comme le seul objectif à considérer au quotidien. En effet, cela briserait le rythme de progression par son côté potentiellement lointain. Cet objectif phare sert principalement à donner une trame cohérente, à aligner tous les objectifs intermédiaires qui se situeront entre l’idéal à atteindre (disons « professeur d’aïkido » à la place de « jedi« ) et la situation actuelle (j’ai deux ans de pratique).

Il est important, raisonnable et constructif de ne considérer les objectifs que l’un après l’autre comme des panneaux sur la route.

On ne marche pas jusqu’à Saint Jacques de Compostelle en pensant chaque jour seulement à la cathédrale.

Il est désormais communément reconnu que c’est non seulement la préparation, mais surtout le cheminement, l’enjeu réel du pèlerinage.

Cerveau droit, cerveau gauche

Confiance en soi - cerveau droit/gaucheAutant la spontanéité, l’improvisation et l’ouverture au monde (vision large de l’artiste, synthétique, cerveau droit) est porteuse dans une situation où on se sent déjà talentueux (et donc libre), autant on a besoin de clarté, de rationalité, de garanties, de rigueur et de discipline (vision étroite du comptable, séquentielle, cerveau gauche) pour débuter dans un nouveau domaine. On a alors besoin de sécurité car on se sent fragile, vulnérable, inopérant.

Ce n’est pas grave, c’est au contraire un véritable point de départ.

Il est en effet vraiment courageux de savoir prendre conscience de son inexpérience, et ensuite de marcher vers elle pour la combler.

Lister/conscientiser

Discipline et confiance en soi - Isadora PointetNous arrivons donc à la nécessité d’établir une liste d’objectifs. Ils doivent être à la fois valorisants mais atteignables. Cette liste doit venir de votre ventre avant de venir de votre tête. Elle sera plus efficace à mesure qu’elle est ressentie plutôt que pensée. De plus, elle sera évolutive au fil du temps et des étapes atteintes. J’en cite ici plusieurs pour l’exemple, mais évidemment ce n’est pas exhaustif ni formel. Vous considérerez non seulement vos propres besoins avant toute théorie, mais vous vous sentirez aussi plus motivés en ne regardant que vos deux ou trois premiers objectifs avant de vous sentir concernés par la suite.

  1. contacter un dojo (c’est une première victoire)
  2. venir au dojo (deuxième victoire)
  3. m’inscrire au dojo et venir de temps en temps : il est encore inutile de dire ici « je viendrai tous les jours, promis ! » car un engagement trop précoce nous fragilise en cas de relâchement. Ceci peut même tristement générer un abandon. Au début, tout est très fragile comme un bourgeon au printemps. Il faut vous respecter en cette fragilité : personne ne vous demande de casser la baraque dès le premier jour
  4. revenir en janvier (étape sensible, difficile, surtout après les chocolats de Noël)
  5. terminer l’année et reconnaître ses progrès
  6. apprendre à repasser son kimono (et à mettre du blanchisseur dans le lave-linge : )
  7. terminer la deuxième année en étant venu plus souvent
  8. commencer potentiellement des stages extérieurs (oh là là)
  9. continuer, simplement, tel quel, encore un moment, et stabiliser ses acquis, changer de kimono et opter pour un en coton…
  10. être présent au forum des associations, parler de la pratique autour de soi…

(1000. objectif secret : devenir professeur/samouraï/jedi )

 

Samouraï

 

L’importance du compliment

D’ici à notre idéal, chacune des petites étapes validées constitue une victoire à célébrer. Et chacune de ces victoires sera ensuite importante à se remémorer lors d’étapes difficiles ultérieures. « Comment c’était déjà, lorsque j’étais débutante mais que je me suis surpassée ? Ah, oui, je croyais que j’allais faire une syncope… Et puis j’ai quand même passé mon grade devant tout le monde, et j’ai même reçu les félicitations du public… »

Aujourd’hui, j’ai peut-être le même trac. Mais le fait de me remémorer mon sentiment de réussite passée me solidifie. Cela nourrit mes racines et me consolide sur mes appuis intérieurs (mentaux et émotionnels). Il faut un peu de prétention, pour prétendre grandir… Attention, point trop n’en faut, mais tant que cela n’évolue pas vers l’orgueil, cela reste tout de même le premier moyen pour se redresser et avancer.

Il s’agit d’apprendre à s’auto-complimenter sincèrement en reconnaissant soi-même ses progrès avec honnêteté.

En effet, l’humilité réelle ne réside pas dans la fausse modestie, mais dans la capacité d’apprentissage.

Être humble, c’est apprendre. Apprendre, c’est être humble.

Enfant budo

Enfant/ado/adulte

Souvent on dit que le débutant en aïkido (ceinture blanche) est comme un enfant. Le passage à la ceinture noire ressemble à l’adolescence, et les dan qui suivent écrivent ensuite la maturité du parcours. Donc en tent que débutant, il faut savoir se prendre soi-même par la main, un peu comme on le ferait avec un enfant. Et cela ne doit pas être perçu comme un jugement de votre valeur fondamentale, mais au contraire comme une façon de prendre votre vie en main. En effet, il s’agit d’accompagner les parties de vous qui sont encore fragiles. Vous aurez moins besoin des autres à mesure que vous vous rendrez capables de vous solidifier par vous-même.

Voici là la nature même de l’esprit martial et l’esprit de résilience : nous servir de la présence de l’autre en face qui est comme un miroir (voir article : la combativité intelligente), pour marcher vers notre propre faiblesse pour la conscientiser pleinement et la corriger ensuite par nous-même.

 » Bienvenue au club !! Ganbatte kudasaï !!! « 

 

Découper encore davantage les objectifs

Et il existe encore évidemment beaucoup d’étapes intermédiaires entre les exemples listés ci-dessus, et vous trouverez les vôtres en allant à la rencontre de vos besoins réels en termes de solidification intrinsèque, d’estime de soi, et de sécurité émotionnelle, de rythme temporel.

De quoi ai-je vraiment besoin pour me sentir contente de moi, fière de moi, résiliente, fiable… valable ?

… suffisante pour mon auto-approbation intérieure ?

Auto-sabotage

Une question se pose : est-ce que je pratique parce que j’aime avoir le sentiment de progresser, ou parce que je ne supporte pas mon ignorance ? Est-ce que j’avance par fuite d’une souffrance ou parce que je me sens véritablement attiré vers mon idéal ?

Est-ce de la peur ou de la joie ?

Savez-vous pourquoi les gens doués sont aussi souvent ceux qui abandonnent le plus facilement ? Parce qu’ils sont trop exigeants avec eux-mêmes. Et cela parce qu’ils se sont tellement habitués à leur excellence en un domaine précis qu’ils se sont de ce fait rendus incapables de côtoyer autre chose que leur talent, et qu’ils se sont mis à fuir leurs fragilités périphériques.

Or, un Budoka sait passer de ses zones de fragilité à ses zones de forces, et c’est justement en cela que se développe sa résilience à mesure qu’il cultive ce courage.

Devenir son propre allié

Etant très difficilement perceptible par les autres (qui ne connaitront jamais aussi bien que vous-même vos zones de talents ou de carence) vous voici de ce fait le premier à être en mesure de pouvoir reconnaître ce courage de vous-même, et en vous-même. Vous êtes donc courageux de reconnaître vos faiblesses.

Il faut pouvoir vous féliciter lorsque vous constatez une erreur, justement parce que vous vous êtes rendus capables de la constater.

Et ceci n’est rien moins que le témoin de votre force. Savoir faire pleinement face à sa souffrance (physique ou psychique), voilà une forme de réalisme constructif, de résilience toute martiale.

Mais encore une fois selon le bon rythme. S’il y a trop de critiques ou de problèmes soulevés en même temps, cela devient fragilisant. S’il y a trop de compliment, on n’avance plus. Il vous faut sentir quelles sont vos justes doses entre ces deux dynamiques Yin et Yang.

Minuscule mais capital

Confiance en soi - Isadora PointetDonc ces petits objestifs quotidiens sont peut-être minuscules, mais ils sont d’une importance capitale, car c’est leur validation qui construit progressivement une estime de soi plus élaborée : j’ai appris une posture au dojo, donc je l’utilise et je me redresse. J’utilise ce que j’apprends. Je me l’approprie, le réinvente pour moi, le mâche, le digère. J’y pense de plus en plus souvent, même à la boulangerie (car une baguette de pain, c’est comme un jo…).

Ceci est encore une petite victoire, et il est nécessaire de le reconnaître. Et il en existera cent autres, au quotidien. Et si avec le temps, l’observation fine, vos lectures et votre cheminement intérieur vous concevez peu à peu, embrassez, pénétrez, déchiffrez, saisissez en quoi consiste vraiment le Budô, vous comprendrez que cette « Voie » peut réellement changer votre vie par la perception que vous en avez :

Vous passez alors de l’impression de la subir au sentiment de construire votre vie. Par choix, par valeur, par engagement envers vous-même.

Avoir tenu une promesse. Se sentir courageux, respecté, beau dans son corps et dans sa vie. Se valoriser non pour empâter l’ego mais plutôt par amour-propre et par structure individuelle. Tout ceci nous fait nous redresser et développer une saine fierté de soi par rapport à celui ou celle que l’on était, que l’on est aujourd’hui, et aussi que l’on devient.

Sentir qu’on évolue positivement vers un chemin que l’on a choisi, et entériner cette conscience par de petites mais nombreuses célébrations intérieures, voici une des clefs de la construction de soi et donc de la confiance que l’on se porte à soi-même.

MAIS il s’agit encore de ne pas brûler les étapes. Encore une fois, la patience est de mise, et le ralentissement est une clef. A bien y regarder, il s’agit simplement ici de prendre en charge son impatience.

Confiance en soi - progressivité - Isadora Pointet

« Mais ça ne va pas assez vite… »

Est-ce seulement de l’impatience, n’est-ce pas en réalité de la joie ?

C’est finalement un peu similaire : il y a quelque chose qui bout au fond de nous et on ne tient pas en place. De plus, cette ébullition sera d’autant plus grande que votre force vitale est vibrante.

Seulement voilà, si personne ne vous apprend à gérer la joie dans votre enfance, a fortiori si d’une manière ou d’une autre vous vous y êtes sentis rejetés (ce qui est courant), il faudra reconstruire cette sécurité émotionnelle à l’âge adulte. Car tôt ou tard, la pratique sur le tatami révèlera ce genre de carence. Toutes vos carences … : )

Et l’incapacité à gérer le bonheur, la joie et le pétillement de la vie, c’est bien plus courant qu’il n’y paraîtrait. Question provocatrice :

Savez-vous seulement être heureux ?

Même s’il est positif, gérer le sentiment d’enthousiasme, de pétulance sans pour autant se laisser emporter par une vague émotionnelle démesurée (ne plus savoir s’arrêter même en cas de blessure, aller trop loin dans une technique, ne plus savoir limiter ses explications…) est plus difficile qu’il n’y paraît. Comme pour une émotion négative, il s’agit de laisser cette vague nous traverser de part en part, sans perdre de vue notre point central qu’est notre conscience identitaire, nous y viendrons dans la partie #3 de cet article.

« Et lui, kotegaeshi, il y arrive mieux que moi… »

Pas de panique, vous n’allez pas vous construire dans le même ordre que votre voisin, même s’il a le même nombre d’année de pratique que vous. Vous aurez besoin de focaliser sur les pieds lorsque le voisin focalisera sur les épaules, ou l’inverse et peu importe : ce qui compte, c’est que vous vous sentiez conscient de ce qui est important pour vous en ce moment.

Vous ne pourrez pas être excellent en tous les domaines, et le tatami vous le montrera sans cesse, et il vous faudra l’accepter.

Loin d’être absolue et définitivement acquise de manière générale, la confiance en soi est relative au domaine d’expression. On ne peut pas dire de manière générale « je n’ai pas / j’ai confiance en moi ».

Il y a déjà des domaines dans votre vie ou vous vous savez excellents.

Que ce soit jouer au ping-pong, être attentif, tondre la pelouse, ou même votre manière particulière de marcher sans faire un seul bruit, il y aura toujours en vous des choses fondamentales qui regroupées ensembles constituent votre façon d’être unique. Et connaître cela de vous, c’est infiniment précieux.

Doucement…

Plutôt que d’aller trop vite, il est en effet bien plus important de stabiliser les acquis, de s’assurer qu’ils sont bien valables avant de les imprimer dans son corps. Car au-delà de la perte de temps occasionnée, ce sera véritablement difficile de désapprendre un mouvement naturalisé en réflexe, si au bout de dix ans on se rend compte que c’était une erreur. Prendre le temps de savoir si je me sens à l’aise avec ce que j’apprends, comment et pourquoi cela me met à l’aise, voilà une bonne fondation pour la pratique à venir.

A mesure que vous apprenez, vous « cristallisez ». C’est relativement définitif, disons que cela coûtera beaucoup d’effort et de souffrance pour casser et reconstruire plutôt que de prendre vraiment son temps pour construire définitivement bien aligné dès le début.

Bébé budoSi vous êtes débutants, vous êtes encore peu formatés et malléables :

C’est une aubaine !

Et dans les arts martiaux, c’est bien souvent ce que les hauts gradés ont perdu depuis longtemps et qu’ils cherchent désespérément à retrouver : cette fraîcheur et ce regard neuf. Cette impression que tout est encore possible et que tout un avenir s’offre à nous. Ces précieuses qualités se cultivent en pensant comme si vous montiez sur le tatami pour la toute première fois, et que vous ne connaissiez rien. Apprendre non seulement à garder, mais ensuite à valoriser cette innocence candide tout en aiguisant chaque jour en parallèle ses talents, c’est aussi cela le Budô. En cela réside un paradoxe éternel avec lequel il faut savoir se trouver à l’aise.

Un pour cent

Donc que je sois débutant ou confirmé, lorsqu’en courageux budoka je marche vers mon ignorance, je comprends que je connais seulement 1% de la masse qui se présente à moi. Et que ce soit après une ou quinze années de pratique, cela peut toujours faire peur.

Mais 1%, c’est toujours 1% de solidité, et c’est bien ! C’est déjà ça. Et c’est suffisant pour aujourd’hui. Demain, je commencerai sans doute 2%, mais aujourd’hui, j’apprends à me satisfaire du 1%.

« Bravo, moi ! »

Savoir doser

La motivation apparaît à mesure qu’on perçoit l’objectif comme atteignable, mais la fierté de soi se développe par la difficulté de l’objectif lorsqu’il est atteint.

Il existe donc une juste tempérance à cultiver pour soi dans le choix de nos objectifs, car ils doivent rester porteurs mais gratifiants. Il doit exister un risque d’échec, sinon il n’y a pas d’enjeu. Mais il n’y a pas non plus de drame à créer, car cela deviendrait alors un piège qui se retourne contre nous-même. Ce drame, nous le créons pourtant à mesure que l’enjeu nous paraît important. Mais il perdra de son envergure par le découpage du parcours en étapes intermédiaires qui seront alors reconnues comme des accomplissements.

« Je fais ce que je peux, mais je le fais !

Je le fais, mais je fais ce que je peux. »

Le corps : un maître de plus

Même si mon merveilleux rêve me donne une brûlante envie de tout faire au plus vite, celui qui par la force des choses régulera ma force d’accélération en me cadrant par une nécessité de cohérence, de réalisme, et de discipline, c’est mon corps.

Et c’est lui qui me véhicule vers ma prochaine étape, et pas seulement mon enthousiasme. Une blessure est vite arrivée : le corps n’est pas remplaçable, il est sujet aux lésions définitives. Il ne sera jamais seulement l’outil qu’on voudrait bien croire. C’est un guide respectable, doué d’une intelligence physiologique (métabolisme), parfois même considérablement plus réaliste, bienveillant et rigoureux que le mental.

Il est toujours honnête, et il est donc un indicatif très précieux sur le chemin. Savoir écouter son corps sans le subir, traverser intelligemment la douleur sans générer de lésion, s’hydrater, se nourrir, avoir chaud, transpirer, chuter, se faire des bleus et des courbatures mais sans aller trop loin : accompagner consciencieusement son corps (en le secouant bien mais sans le briser) permet de devenir tout aussi consciencieux dans son cheminement intérieur. L’un fonctionne avec l’autre depuis toujours, et il est absolument irrationnel de les séparer comme la société occidentale des XIXe et XXe siècles a voulu nous le faire croire.

Si je chemine à l’intérieur, ça se voit dans mon corps. Si je développe mon corps, cela me fera cheminer intérieurement.

L’épreuveRegard budo

Une fois la solidité suffisamment installée, l’épreuve se présentera d’elle-même sur le parcours… Et pas toujours quand on l’attend. Ce sera à travers un regard, un avis donné, un échange sur le tatami avec un nouveau partenaire, un nouveau dojo, un autre courant de pratique, un passage de grade.

L’épreuve confirme ou infirme la solidité intérieure qu’on a construite.

Discrète et farouche, la confiance en soi se confirme à mesure qu’on s’explore dans toutes les conditions :

Si mon partenaire me déséquilibre ? C’est ok, j’ai su me repositionner.

S´il me surprend ? C’est ok, j’ai eu le bon réflexe.

S’il teste la cohérence de ma technique ? Zut, ce n’est pas brillant, mais je me sens quand même solide sur mes appuis.

S’il me fait douter de moi ? C’est ok, je ressens la cohérence de l’enseignement que j’ai reçu.

Et s’il ne me respecte pas ?

Non-respect versus confiance en soi

Le respect des autres ? Fausse question. La question est : est-ce que je me respecte assez moi-même ? Est-ce que je me connais assez moi-même ?

En soi… je n’ai pas besoin du respect de quelconque personnage en particulier pour savoir que je mérite le respect en général. Si celui en face me néglige (dans cette situation, ce jour-là, à l’heure de la digestion, alors même que son kimono semble trop serré, et qu’il pleut), c’est sa tourmente à lui et je n’ai aucune raison de m’y identifier vraiment. Voire même, si possible, j’ai de la compassion à développer.

Si c’est utile, je lui ferai comprendre que ce jeu-là ne prend pas avec moi. Mais toute colère ne ferait ici que confirmer l’influence ou l’emprise qu’il aurait sur moi, alors que je n’ai aucune raison de la lui accorder vraiment. En effet, dans le budô on cherche plutôt à générer les choses au lieu de les subir.

Toute la maîtrise réside alors dans ma façon de diriger utilement mon attention, ce sur quoi je focalise, sans gaspiller mon énergie.

Le respect ne se quémande jamais. Il s’organise de lui-même autour de la sérénité véritable de celui qui cultive pour lui-même un respect intérieur avant toute chose (et qu’il n’a donc pas besoin de montrer). Ceci se conçoit :

  1. à partir de la connaissance qu’on a de soi-même
  2. par la reconnaissance intérieure de notre valeur intrinsèque et fondamentale
  3. enfin par l’élaboration progressive de notre parcours et le passage des obstacles successifs qu’on y rencontre.

Il s’agit en effet d’identité : qui on est / d’ou on vient / ce qu’on a dans le ventre / ce dont on se sent capable et face à quelle situation.

Budo

A suivre

Par Isadora P., le 2 mars 2026