Samouraï - Confiance en soi

La confiance en soi #2 : Identification

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Pour résumer la première partie en deux mots, commencer à cultiver sa confiance en soi, c’est savoir ce qu’on veut (objectifs, où on va) et qui on est.

Qui suis-je ? Vaste question.

Entamons-là plus superficiellement par : « D’où je viens ? »

Le premier enseignement

Ce qui me permet de surpasser l’épreuve citée dans la partie #1 de cet article, ne peut être issu que d’un enseignement sûr. C’est à dire qu’il aura su me faire répéter cent fois le même mouvement, et de cent manières différentes, chacune dûment étudiées, pour me faire comprendre le mouvement en profondeur, dans toutes ses conditions et ses ramifications, dans sa construction autant que dans on essence.

Et tout ceci avec vingt, cinquante, cent techniques différentes. Peu importe le nombre, en réalité, puisque l’élève qui les connaît aussi intimement saura alors les retrouver ou les recréer de lui-même.

Sans l’assise qui prend racine dans ce type de profondeur, par l’expérience, la confiance ne sera que superficielle et tombera au premier coup de vent.

La confiance en soi a rapport avec l’identité qu’on se construit à travers la profondeur de l’étude.

Le courage naturalisé

Dans la partie #1 de cet article, j’ai parlé des gens talentueux qui abandonnent plus souvent parce qu’en raison de leur domaine d’excellence, ils ont perdu l’habitude de pouvoir rester à l’aise avec le fait de patauger. Pourtant nous le faisions tous étant bébé, et cela ne ternissait aucune motivation. Il s’agit donc de pouvoir retrouver cet état.

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La symbiose intérieure : notre « soi » d’excellence trouve la patience de laisser s’exprimer notre « soi » inexpérimenté

Ce qui me fait me fait accepter le risque de « patauger » dans un nouveau domaine, c’est l’identification que j’ai vis-à-vis d’un autre terrain d’excellence. Si je suis peut-être bon.ne en musique, un père attentionné, une poétesse, un ancien chef d’entreprise : si je sais en quoi je suis excellent.e, je vais oser explorer plus de choses car j’ai déjà une sécurité fondamentale par ce premier domaine d’identification. Plus j’aurai de domaines de sécurité intérieure, c’est-à-dire plus je saurai les reconnaître en moi (en m’étant scanné.e à la loupe) plus mon courage d’aller vers des nouveautés sera naturel et spontané.

Mais on ne peut pas être bon partout… il ne s’agit pas de s’éparpiller, mais au contraire de se rassembler. C’est-à-dire de constater honnêtement ce qui est déjà là. Ce qui a toujours été là, au fond de nous-même.

Les racines

Confiance en soi - Ancrage - Isadora PointetVers quel domaine vous vous dirigiez naturellement en étant enfant, adolescent.e ? L’art, les maths, le sport, l’océan, les animaux, le skate, les étoiles ? Les dessins animés…

Les insectes ? La pétanque ? La pêche…

Il est inutile de se condamner pour quelconque aspiration si cette dernière vous semble vraie. Au contraire, elle vous connectera à vos racines. Vous jugerez bon de la développer à nouveau ou non, mais savoir qu’elle a été importante pour vous constitue bien souvent un repère suffisant. Il suffit de la garder en sécurité en soi, c’est-à-dire en avoir simplement conscience.

C’est une partie de vous, et personne ne pourra jamais vous la voler, si vous savez la préserver en votre fort intérieur.

Plonger en soi pour conscientiser

Plus vous développez vos racines en conscientisant vos domaines d’identification actuels ou passés, plus vous devenez conscient de votre solidité. Conscientiser, c’est solidifier, cristalliser, ancrer, sceller. Comme un pacte avec soi-même. « C’est vrai, je suis comme ça. Oui, j’aimais tellement jouer à ceci, ou cela ! C’est vrai qu’à l’école on disait toujours « lui, elle, de toute façon on sait qu’on va le trouver dans tel endroit, il y est tout le temps. »

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Si vous savez qui vous êtes, vous ne croirez plus aussi facilement ce que l’on peut dire de vous. Vous aurez aussi moins peur de ce qu’on pense de vous.

Il s’agit de ne plus permettre à n’importe qui de donner son avis s’il est intempestif. En ne le considérant tout simplement pas… Alors vous ne permettrez plus qu’à certains individus de rentrer dans votre sphère d’influence. Et ces gens vous les aurez choisis parce qu’ils vous inspirent. Parce qu’ils réveillent en vous des zones qui vous font respirer, qui font revivre des envies qui se sont trouvées étouffées ou endormies par le passé.

 

Autonomie

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A mesure que je sais mieux d’où je viens, que je sais chercher qui je suis par moi-même, et me sécuriser avec autonomie et régularité dans cette recherche permanente, j’ai de moins en moins besoin de démontrer quoi que ce soit dans le domaine précis qui devient alors progressivement mon domaine de force, voire d’excellence, puisque j’ai alors l’occasion de le pétrir en moi par moi-même en permanence et en toute occasion (il est ici appréciable d’apprendre l’utilité d’un labyrinthe) en sachant me libérer progressivement de toute condition (c’est ici le principe même de la martialité).

Je peux toujours être en démonstration, bien sûr, mais ce ne sera plus un besoin identitaire en attente d’approbation, ce sera devenu simplement récréatif.

A ce stade il n’existe donc plus de désir de prouver en ce domaine ma valeur à qui que ce soit, et donc je peux exister dans ma force tranquille et dans mon talent avec naturel et sérénité, au lieu de me débattre avec trop d’attente vis-à-vis d’une approbation extérieure. Plus j’évolue dans le parcours, plus l’approbation extérieure doit venir d’un référentiel haut placé, nécessairement. Elle est donc plus rare, mais en parallèle je l’attends de moins en moins.

Paradoxalement…

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Le type d’enseignement qui permet l’éclosion de ce genre de confiance profonde est dynamique, mobile, et donc par définition… incertain.

Le professeur qui délivre un tel enseignement sait doser selon le temps ou la situation, le juste degré de compliment ou de correction. S’il y a trop de compliment, l’élève s’assoit trop vite sur ses acquis. S’il y a trop de correction, l’élève ne prend jamais assez conscience de sa solidité.

Mais au-delà de tout ce qu’il pourra dire à l’élève, la meilleure pédagogie reste celle de l’exemple : un professeur qui étudie toujours et sait évoluer seul par un entraînement personnel, c’est rare, et précieux.

Rappel : dans le livre de D. Furutani, le guerrier sait s’entraîner tout seul malgré l’absence de son personnage influent, et c’est un exemple de résilience. Citons également « La pierre et le sabre« , épopée initiatique (deux tomes) qui retrace l’histoire de l’incomparable Miyamoto Musashi (créateur de l’école des deux sabres) qui part à la rencontre son destin.

Synergie, réciprocité

Le professeur possède alors beaucoup plus de cartes en main pour évoluer avec l’élève, et même par lui. Il cherche aussi, il est mis au défi, il se sent parfois piégé par les progrès de l’élève qui évolue parfois différemment de ce qu’il aurait attendu, et cela le fait se remettre en question.

Et la confiance en soi est alors sur la tangente entre celle du maître et celle de l’élève

Parfois il y a friction, parfois c’est véritablement difficile. Et pourtant ce cheminement plus ou moins visible est inspirant.

Attention, chacun reste très conscient de son statut, et personne ne profite ni de sa position de « force », ni de sa position de « faiblesse ». En réalité, ces dynamiques de force et de faiblesse passent sans cesse de l’un à l’autre.

De là naît une saine synergie entre « le maître et l’apprenti », et c’est une recherche commune de l’un par l’autre. La hiérarchie des rôles n’est en effet qu’un leurre éternel. Il y a seulement deux élèves qui apprennent ensemble. Selon une autre optique, il est vrai de dire que les deux sont également « le maître ». Et chacun s’exprime différemment de l’autre dans son rôle. Chacun apprend constamment de l’autre, d’autant que la situation réinvente la synergie en permanence.

À mesure que chacun saura rester honnête dans son étude autant que permissif pour la bonne compréhension de l’autre, la synergie existera dans une saine prospérité.

S’il y en a un qui commence à tricher et à briser l’échange en profitant de l’autre, par sa mauvaise foi, en se victimisant, ou par un manque de confiance en l’autre, une lutte de pouvoir apparaît alors et la relation pédagogique disparaît.

La pédagogie est honnête et réciproque ou elle n’est pas.

Solidité égale renouvellement, renouvellement égale solidité

Autre question majeure :

A quel professeur.e est-ce que j’accorde ma confiance pour développer tout ceci avec moi ?

Un professeur qui nous semble techniquement solide, bien sûr. Non qu’il doive être parfait ou avoir réponse à tout, loin s’en faut. Il doit savoir au contraire se remettre suffisamment en question, parfois profondément, il se laissera mettre à nu par la pratique et saura travailler sur ses failles, et ceci avant tout par honnêteté, et par dévouement sincère pour l’art qu’il a choisi.

La confiance en soi ?

Celle-ci mise à côté de la valeur des fondements identitaires précités, à côté de cette façon de se construire et de permettre à l’autre une autonomie de construction, une résilience de moins en moins conditionnelle, cette confiance m’apparaît bien plutôt comme une conséquence, une décoration de Noël. Ça fait plaisir, ça brille.

Mais l’enjeu réel est bien plus profond, et la question bien plus gênante :

Comment est-ce que je me construis en concordance avec cette identité, et quels moyens je m’accorde pour cette construction intérieure ?

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A suivre…

Isadora P., le 4 mars 2026