Le bénéfice secondaire
Je tape encore dans le mille d’un sujet facilement tabou, dérangeant, et qui met chacun face à lui-même. Je ne fais pourtant de leçon à personne et ceux qui me connaissent savent que je réfléchis d’abord pour moi-même. Ici je vous partage des façons de cheminer qui m’aident dans ma vie, simplement, et avec le cœur.
Je souhaite donner des outils à chacun de manière neutre, en encourageant le sentiment de responsabilité que cultive l’individu pour mieux se comprendre soi-même et cheminer, et c’est aussi cela le Budô.
Car se connaître, c’est justement se diriger vers les sujets qui dérangent.
Entre la vérité difficile à confronter et la fuite confortable, je choisis encore ici la vérité.
« Le problème, c’est que… »
Que ce soit un symptôme corporel ou comportemental, face à une situation qui vous paraît insoluble en vous faisant vous sentir impuissant, certaines questions se posent sur les comportements inconscients.
En thérapie, le bénéfice secondaire (voir cet article qui le définit très bien) est un phénomène connu où le patient entretient inconsciemment sa maladie qui lui sert finalement de support d’existence.
« J’ai un problème, donc cela me donne le droit de me plaindre et d’obtenir l’attention ou la clémence des gens qui m’entourent »
La victimisation est un comportement insidieux souvent invisible. Elle s’appuie sur la compassion et la bienveillance des autres pour exister.
Décelez-vous ici le vice caché ?
L’individu piégé dans un tel comportement inconscient est souvent incapable de constater qu’il se coupe lui-même de toute responsabilité. Par son regard sur la situation. En croyant comprendre alors qu’en vérité il lui manque tout un pan de la réalité qu’il refuse de voir ou de confronter.
Il s’agit en effet d’un piège à effet de cercle vicieux car l’individu réagit par une action qui ne fera que confirmer toujours plus profondément son incapacité à ressentir qu’il peut prendre en main la situation.

Le discours typique
« Je n’y peux rien » « Je n’ai pas le choix » « C’est comme ça, je ne peux pas faire autrement » « Ce sont les ordres, le protocole »
Toutes ces phrases révèlent une pensée qui se dédouane et qui ne se sent pas responsable d’une situation pourtant malheureuse. Dans la caricature, cela donne le discours du collaborateur qui se justifie à ses voisins résistants de son manque de courage face à la gestapo.
Cette façon de penser est malheureusement courante et génératrice de conflit, alors même qu’elle semble tout à fait anodine.
A bien y regarder, elle est même bien souvent validée socialement, car l’indignation apparaît facilement comme une injustice, et le commun y justifie le militantisme. Surtout dans notre culture française de pays révolutionnaire…
Différencier la compassion bienveillante de la pitié inutile
Qu’on ne me fasse pas dire ce que je ne dis pas. Je ne parle pas d’encourager un monde de bretteur sans cœur, et j’encourage évidemment la compassion lorsqu’elle est constructive et non accablante.
La compassion dit « je vois que tu souffres »
…et rapproche le soignant du soigné par un contact sincère doué d’une volonté de résolution partagée.
La pitié dit « pauvre de toi »
…et le constat se fait avec une certaine distance, voire un sentiment d’indignation partagée ou de dégoût qui engendre une fuite face à la cause.
Schéma verrouillant
La victime est souvent le bourreau du bourreau depuis son regard… Personne ne se sait bourreau, tout le monde se croit victime, et tout le monde aime bien devenir sauveur, alors que pourtant tout le monde se fait du mal, et à soi-même en premier… Le monde est-il donc à l’envers ?
Bien souvent la peur inverse tous les problèmes.
Quelle est donc la peur sous-jacente à ce sac de nœud ? Une peur du rejet ? Certes, il se trouvera toujours des jaloux pour reprocher leur réussite à des gens entreprenants et pleins d’initiatives qui passeront alors pour les prétentieux. Les cyniques vous critiqueront, les impotents vous accableront, les dépendants vous abandonneront.
N’est critiqué qu’un créateur.
La critique est un compliment difficilement perceptible, elle est pourtant révélatrice, car on ne critique que quelqu’un qui incarne une certaine envergure.
Quel est vraiment le problème ?
Quelle est la croyance inconsciente, le schéma verrouillant sous-jacent ?
Vous ne pourrez déceler que la peur qui vous concerne vous, bien sûr. Vous ne comprendrez celle des autres que lorsqu’il se confieront à vous en terrain de confiance, et non au sein du sac de nœud qu’est le triangle dramatique. Il vous incombe en conséquence de prendre soin de cette peur en vous au lieu de chercher à sauver qui que ce soit. Même si le prétexte semble légitime, c’est un prétexte.
L’archétype de la victime se repaît de prétextes…
« Toutes les bonnes raisons sont des pièges à c… » Michel Martinat
Manipulation
Allons encore plus loin dans le discours typique de la victime :
« Après tout ce que j’ai fait pour toi » (=blâmer, accabler, culpabiliser)
« Ne m’oblige pas à crier »
Là on tombe clairement dans un schéma manipulateur, violent et morbide. C’est le moment précis où la victime choisit qu’il existe un bourreau.
Si vous criez ou glissez vers la violence ou l’oppression, c’est que vous faites ce choix qui ne concerne que vous et votre façon de mener votre vie, selon vos schémas éducationnels, votre culture, ou vos croyances limitantes.
En effet, vous avez toujours le choix, même si vous croyez que non.
La fin ne justifie pas les moyens.
Illusion
Je parle de ce sujet car il est un point sensible tout spécialement dans notre culture qui a facilement tendance à vouloir protéger autrui, ce qui est louable en soi.
Mais le vice apparaît lorsqu’il y a complaisance dans une situation protectionnelle ou défensive lorsqu’on se met à percevoir un agresseur qui en réalité n’est qu’un fantôme, une ombre, une illusion, une déformation du regard sur soi, la situation, ou même sur la vie.
Par exemple, on s’invente des problèmes lorsqu’on s’identifie à un état d’esprit combatif qui nous permet inconsciemment d’existerà travers un combat permanent au lieu de le résoudre.
Créer des litiges à partir de rien, c’est courant à notre époque.
Erreur courante ne signifie pas légitimité
Le plus dur à admettre, c’est que chacun est concerné par le comportement de victimisation. Il est vraiment séduisant, et tellement à la mode… N’avez-vous jamais recherché auprès d’un ami une approbation quant à votre indignation ? Voilà, c’est le début…
La responsabilisation, c’est comme la cohérence. Ça ressemble bien à des cailloux qui roulent durement sous les pieds. Et il est légitime de rechercher la compassion des gens face à une souffrance qui vous indigne.
Face à soi-même
Mais la question est :
Que voulez-vous vraiment ?
Qui êtes-vous en train de devenir à travers un comportement ainsi biaisé ?
Êtes-vous bien vous-même, vous exprimez-vous vraiment dans votre essence au travers de ce « problème apparent » ? Qu’est-ce que tout ceci révèle ? Qu’avez-vous en réalité au fond de vous, qu’avez-vous négligé depuis le début, quelle demande ignorée vous a mené à cette situation, quel manque de courage dans le passé a fini par engendrer aujourd’hui pareille complication ?
Il n’y a que des illusions à dissoudre.
Changer d’optique

Mais pour cela il s’agit de changer votre regard. Il est justement difficile de regarder ce qu’on ne voit pas. De regarder ce qui n’est pas là, ce qui est absent, ce qui manque.
Il s’agit de regarder le vide en face. Faire face…
Il s’agit de vos propres carences, et reconnaissons que cette vérité-là est vraiment douloureuse à admettre, c’est vrai. Comprendre qu’on génère soi-même son propre système infernal, c’est un basculement qui nous fait confronter une souffrance intolérable. Car elle redouble d’intensité à mesure qu’on comprend à quel point on l’a nourri…
« Budô… »
C’est justement ici le chemin : celui de la confrontation à l’insupportable.
Et il révèle nos souffrances psychiques inconscientes, celles que nous avons toujours fuies.
Colère
Face à cette nécessité de changement de perspective, vous pouvez avoir l’impression qu’un monde s’effondre. C’est celui de vos croyances devenues obsolètes. Vous ressentirez alors probablement de la colère. En ce cas, c’est l’ego qui lutte pour protéger les anciennes croyances, mais ce n’est pas vraiment grave.
Ce qui compte, au contraire, c’est de rester lucide.
La colère est aveuglante. Mais elle ne fait que confirmer une perte de moyens. Dans le cas extrême d’un ego puissant qui résiste à tout prix, elle peut mener à une escalade morbide vers la folie.
Mais en réalité, vous êtes sain et sauf
Si vous en êtes arrivé à lire cette phrase, c’est que vous avez choisi de regarder les choses en face, et c’est indubitablement courageux. Ainsi, « Le nuage est passé »
Félicitations sincères… Ganbatte kudasaï !
(Ganbatte kudasaï = S’il vous plaît, faites de votre mieux, bonne chance)
Drama ?
Face au fait de découvrir qu’on a généré tout seul son propre enfer, il est inutile de se sur-culpabiliser… car à bien y regarder, personne ne vous en veut vraiment, ni ne vous en voudra ni ne vous en a jamais voulu, c’est encore ici une illusion. Au contraire…

« De tout temps, votre essence – vos qualités les plus précieuses – sont attendues à l’accueil. »
Et il vous incombe de les révéler avec le style, la justesse et l’élégance qui vous sont propres, selon vos valeurs. Entre vos qualités les plus précieuses, vos schémas compensatoires, et vos rendez-vous avec vos aspirations profondes, vous êtes le seul à pouvoir faire le tri.
« Tout est dans vos mains »
Pour méditation : ce conte taoïste…

Par Isadora P., le 17 mars 2026



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